Toulon  Var agglomération Qualité France Média Economie Culture Justice et injustices Cuverville sans frontière Cuverweb pratique
Maison fondée à Toulon en 1995

LETTRE D'INFORMATION | CONTACT

Mieux vaut être riche et en bonne santé que Seynois

samedi 1er février 2003
par Gilles Suchey

Fragilité du Centre Médico-Social... Réduction des prestations offertes par la Protection Maternelle et Infantile... Restructuration a minima du service des urgences... La Seyne sur Mer aurait-elle décidé de consacrer son budget santé à l’amélioration de la vie des moules ?

LES Centres Médico-Sociaux (CMS) permettent à chacun de recevoir les soins courants, sans dépassement d’honoraires. Les bénéficiaires de la gratuité relative à la CMU [1] ou l’AME [2] y sont correctement accueillis. On comprendra que les plus démunis préfèrent utiliser ce service plutôt que se rendre au cabinet d’un médecin conventionné de type 2, qui consulte le matin sur rendez-vous avant de visiter ses patients de la clinique St Machin (Canal satellite dans toutes les chambres, lit unique, carte bleue acceptée).

D’autant que les CMS entretiennent des liens privilégiés avec les autres acteurs sociaux ; d’où une compétence certaine en matière de prévention et de soins apportés aux toxicos, aux malades du sida, aux exclus.

L’existence des Centres Médico-Sociaux reste conditionnée à la motivation des collectivités locales. Dans le Var, ils ne sont pas très nombreux. Plus exactement, ils sont un seul : l’établissement Danielle Casanova de la Seyne sur Mer, qui date de l’époque où les communistes géraient la ville la faucille entre les dents. A l’image de toutes les structures du même type, sa santé économique, au sens libéral du terme, reste vacillante : toujours la même difficulté à insérer les bénéfices du service public dans un bilan comptable.

Les jours du CMS de la Seyne seraient-ils comptés ? Arthur Paecht, maire et planteur de palmiers en chef, se dit très soucieux de la bonne utilisation des deniers publics (c’est toujours l’argument avancé par les bailleurs de fonds lorsqu’ils suppriment un service qui n’a pas vocation à gagner de l’argent). La rumeur est persistante, à la mesure de la fragilité du centre, dont les activités n’intéressent que très peu les électeurs de l’UMP.

De toute façon, la solidarité et la protection sociale relèvent, depuis la loi de décentralisation du 7 janvier 1983, de la compétence des Conseils généraux. On concentre chaque année davantage les activités afférentes [3]. Ainsi, la PMI municipale [4] passe aujourd’hui sous le contrôle direct de la collectivité départementale dirigée par Horace Lanfranchi. Le Conseil général promet le transfert des services sans impact notable pour l’usager, mais à l’heure où cet article est écrit, le planning familial a été oublié en route. Un carton tombé du camion. Sans doute faut-il attendre la fin de la restructuration...

Quant au SMUR [5], sa situation est connue : on déplore l’interruption prochaine du service quotidien à partir de 18h30. Pénurie de personnel. Une directive européenne limite désormais, pour un urgentiste, le quota d’heures de travail hebdomadaire à 48. Auparavant, il pouvait en comptabiliser plus de 80 (imaginez l’efficacité du type à la fin de sa garde). Cercle vicieux, la spécialité motive de moins en moins les jeunes praticiens. Alors on bricole. On "paramédicalise des équipes avec infirmières". Traduction : vous prenez une infirmière. Vous lui faites passer un gilet avec marqué "SMUR" dessus. Hop ! Voilà une toute nouvelle urgentiste, ultra-compétente, qui va venir soigner les petits enfants s’ils ne mangent pas leur soupe.

Tiens, en parlant de soupe, qu’en pensent les pouvoirs publics ? Demandons son avis à Hubert Falco, président, en sa qualité de maire de Toulon (ou de TPM, on ne sait plus très bien), de l’hôpital de Font-Pré. "Nous allons nous battre pour que les urgences de La Seyne poursuivent leur fonctionnement 24 heures sur 24" [6].

Mais plus exactement, monsieur le sous-ministre, que pensez vous des carences de l’hôpital en France, du manque de moyens chronique, de ces heures de garde qui ne peuvent plus être assurées, etc. ? "Ce n’est pas nous qui détruisons l’hôpital, c’est la loi sur la réduction du temps de travail" [6].

Ca me fait penser à une anecdote rigolote. Mon beau-frère est un délinquant notoire. L’autre jour, occupé à voler le sac d’une petite vieille, voilà-t-y pas que deux flics l’interpellent. Mais mon beau-frère ne se laisse jamais démonter. Il lance aux pandores : "ce n’est pas moi qui ai volé le sac de la dame, c’est la réduction du temps de travail." Interloqués devant tant d’audace et de pertinence, les représentants de l’ordre hésitent un instant.

Puis ils lui collent une beigne et l’embarquent.

On ne plaisante pas avec la santé publique.

Imprimer Imprimer

[1] Couverture Médicale Unique.

[2] Aide Médicale d’Etat.

[3] Ce qui peut sembler paradoxal, dans le cadre d’une décentralisation. Nous reviendrons plus tard sur le rapport du Conseil général à l’action sociale, un rapport envisagé sous l’angle exclusif du chiffre, de la statistique favorable, de l’économie d’échelle, de l’abattage.

[4] Protection Maternelle et Infantile : activités de planning familial, consultations prénatales, surveillance de grossesse, suivi des mères après l’accouchement, contrôle de la croissance et du développement psychomoteur et affectif de l’enfant jusqu’à 6 ans... La PMI est ouverte à tous ; c’est encore un lieu d’accueil privilégié pour les démunis.

[5] Service Mobile d’Urgence et de Réanimation.

[6] Propos rapportés par Var Matin, 24 décembre 2002.

<span style='text-transform: uppercase;'>Toulon Var agglomération</span>
Dans la m?me rubrique
Toulon : les sirènes de l’extension universitaire
(27/11/2011) (7 messages)
Le technopôle de la Mer sera construit en plein champ
(18/09/2011) (4 messages)
Lettre ouverte aux pétitionnaires en faveur du tramway
(13/02/2011) (4 messages)
Journal de la traversée de Toulon, 1990-2010
(25/01/2011) (3 messages)
Journal de la traversée de Toulon, 1970-1990
(14/01/2011) (2 messages)
Aménagement urbain : place à la politique du vide (2/2)
(28/11/2010) (1 message)
Aménagement urbain : place à la politique du vide (1/2)
(14/11/2010) (2 messages)
TCSP toulonnais : bus ou tramway, M. Chenevard nous mène en bateau
(09/11/2010) (9 messages)
Philippe Vitel dans les fanges de la droite
(10/10/2010) (1 message)
La révocation de Laroussi Oueslati
(07/06/2010) (10 messages)
Les br?ves
Le Las, une rivière dans la ville
(04/01/2012)
Bienvenue à Toulon, ville bleue et fleurie
(29/11/2011) (1 message)
Octobre 2011 : Falco fait adopter le principe du BHNS en douce
(15/10/2011) (2 messages)
La carte grise m’a rendu vert
(13/09/2011) (4 messages)
Joël Canapa aime toujours autant l’université toulonnaise
(03/02/2011) (7 messages)
Y a cent ans déjà qu’c’est l’tramway qui march’ le mieux
(14/01/2011)
De retour à Toulon, Hubert Falco prend le dossier de la petite enfance à bras le corps
(07/12/2010)
« Comme langue de bois vous êtes un champion, Hubert Falco »
(15/11/2010) (2 messages)
Complexe aquatique d’Hyères : le prix de l’eau flambe !
(09/07/2010) (1 message)
Programme culturel ou combat d’arrière Garde ?
(06/06/2010)