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Revue d’assainissement sur l’ère toulonnaise

Extension du Pouverel (1/2)
vendredi 25 février 2005
par Olivier Vermert

Avant de s’intéresser plus particulièrement à l’extension de la station d’épuration du Pouverel, Cuverville se penche - sans tomber dans le cloaque, quelle horreur ! - sur le traitement des eaux usées entre Saint-Mandrier et le Pradet.

MALGRé la mise en place de la communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée au début du vingt-et-unième siècle, deux antiques syndicats intercommunaux coordonnent toujours les services locaux d’assainissement.
Le SIRTEMEU, Syndicat Intercommunal de la Région Toulonnaise pour l’Evacuation en Mer des Eaux Usées (datant de 1940), s’occupe de Toulon-Ouest, de la Seyne, Saint-Mandrier, Six-fours, Ollioules, Evenos et le Revest.
Le SIAPE, Syndicat Intercommunal d’Assainissement et de Protection de l’Environnement, (anciennement SIA, créé en 1963) est chargé de Toulon-Est et des communes de la Valette, de la Garde et du Pradet.

Baignade déconseillée.
A une époque où on se souciait assez peu de la santé des moules, la mission des syndicats se limitait à l’exploitation et l’entretien des deux émissaires chargés d’évacuer les eaux sales dans la grande bleue, le plus loin possible des narines et des maillots de bain. Le nom développé du SIRTEMEU est en ce sens bien explicite. Il faut se souvenir que jusqu’au milieu des années quatre-vingt, 90% des effluents de l’agglomération toulonnaise (l’eau des égouts, en termes moins techniques) étaient rejetés en mer sans traitement.
L’émissaire du SIRTEMEU débouchant sous le Cap Sicié date des années quarante, celui du SIAPE (de l’autre coté de la rade, 1800 mètres de long après la pointe de la Terre promise) des années soixante-dix.

Puis on jugea pertinent de dépolluer l’eau urbaine avant de l’évacuer. Chaque syndicat s’attela donc à son projet de station d’épuration (STEP).
Le SIAPE gagna la course en 1983 avec l’inauguration de l’usine du Pouverel. La société OTV [1] réalisa la bête aux confins de la Garde, de Toulon et du Pradet, dans le quartier du Pont de la Clue, en zone inondable. C’est toujours avantageux, surtout par temps de pluie persistante.

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En bleu, une partie de "l’aléa inondation" sur la commune de la Garde. En jaune/vert : la station du Pouverel. Source : Centre d’Information Géographique du Var.

OTV installa la filière de traitement des boues en vigueur à l’époque, dite "physico-chimique".
De l’autre côté, le SIRTEMEU perdait du temps avec son projet pharaonique de STEP souterraine. Il fallut attendre 1997 pour ouvrir les vannes. Mais le retard a du bon : réalisée encore une fois par OTV et baptisée "Amphitria", installée sous le Cap Sicié à la verticale de la chapelle de Notre-dame du Mai, cette nouvelle station anticipait l’évolution des normes en matière de rejet des eaux usées. On y installa rapidement un traitement biologique pour compléter la traditionnelle filière physico-chimique. L’ensemble est opérationnel depuis 2002 [2].

SIAPE et SIRTEMEU délèguent la gestion des stations et le traitement des eaux usées à une autre filière de Veolia, la Compagnie des Eaux et de l’Ozone.

Deux projets d’envergure différente.
Amphitria permet un débit journalier nominal de 103.000m3 et présente une capacité de 550.000Eqh [3] ; à titre de comparaison, la désormais vieillissante station du Pouverel est limitée à 16.000m3 et 95.000Eqh. Il faut dire que les populations concernées ne sont pas en nombre identique. La perspective démographique du secteur Est de la rade, à l’horizon 2015/2020, se limite à 86.000 habitants [4]. De l’autre côté, la station du Cap Sicié doit gérer entre 250 et 300.000 habitants (pour 550.000Eqh : il y a de la marge !).
En ce qui concerne l’achèvement du processus de traitement, Amphitria intègre un incinérateur de très grande taille - largement sous-employé - qui lui permet de brûler les résidus solides [5]. La station du Pouverel se contente de "sécher les boues", selon le terme approprié, avant de les envoyer se faire voir ailleurs.

Depuis 1995, le SIAPE s’est attelé à la rénovation de la vieille station du Pont de la Clue, dans le cadre de la loi sur l’eau. Inscrite au programme du "contrat de baie" [6], élargie, moins odorante, intégrant la fameuse filière biologique, son inauguration est prévue pour 2006.

Qui finance ce genre de projets ? Les syndicats intercommunaux - que le contribuable alimente tous les trimestres (regardez au verso de votre facture d’eau) -, l’Etat, l’Agence de l’eau, la Région et le Département.

En guise de conclusion de ce premier épisode, une anecdote qui pourrait être véridique si elle n’était inventée à l’instant : quand les poètes de la SIAPE voulurent baptiser la nouvelle STEP, ils regrettèrent qu’Amphitria fut déjà pris, car c’est un nom particulièrement approprié pour une usine qui brasse de la merde. « On pourrait garder la racine "amphi", qui veut dire "mer" en grec », risqua un membre du syndicat qui avait égaré son dictionnaire étymologique. Amph... Amph... « Amphoiré ! » cria un autre pour détendre l’atmosphère. Finalement, on choisit Amphora, très joli aussi. Et ça c’est vrai.

(A suivre)

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[1] Omnium de Traitement et de Valorisation, déjà filiale de la Compagnie Générale des Eaux en 1980. OTV dépend aujourd’hui de Veolia, puisque la CGE a opté pour ce nom après l’intermède Vivendi.

[2] Pour avoir plus de précisions, lire le compte-rendu de la Chambre Régionale des Comptes consacré au SIRTEMEU, période 1992-2002.

[3] "Equivalent habitant" : unité qui permet d’estimer la quantité de pollution rejetée par un usager domestique.

[4] ...Jusqu’à 150.000 selon les estimations. On aura l’occasion d’y revenir dans le prochain article.

[5] Les "déchets ultimes" subsistant après incinération sont acheminés par camion vers des décharges que l’administration nomme sites d’enfouissement pour faire moins romanichel.

[6] « Signé le 6 septembre 2002 pour 5 ans, ce plan d’actions en faveur des milieux aquatiques est le résultat d’un partenariat entre les acteurs de la rade de Toulon et de son Bassin versant : Etat (Ministères de l’Environnement, de la Défense Nationale, l’Agence de l’Eau...), collectivités territoriales (Région, Département, communes et leurs regroupements), Les chambres consulaires, associations de défense de l’environnement et des usagers », sur le site du Contrat de baie.

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