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USTV : la gabegie par l’exemple

Un Titanic universitaire (2/3)
jeudi 26 mai 2005
par Denis Collet

Résumé de l’épisode précédent : la trésorerie de l’Université del Sud est mal en point. Les enseignants boudent et les fournisseurs font la gueule.
Pour montrer leur attachement à l’institution qui leur permet d’exister politiquement, el Presidente Laurel y el vice-presidente Hardy doivent impérativement trouver comment faire des économies. Aidons-les un peu.

UNE approche des dysfonctionnements de l’USTV [1] peut être envisagée à travers le rapport de la Chambre Régionale des Comptes (CRC) établi pour la période 1997-2002. Le Président de l’Université s’appelait alors Jean-Louis Vernet.
En quelques phrases le couvert est mis : « les documents comptables produits en fin d’exercice sont incomplets et ont parfois fait l’objet de corrections ultérieures ». « Des irrégularités ont été constatées dans la procédure de remboursement des frais de mission et de transport ». « Le nombre restreint des offres n’a pas toujours permis d’organiser une véritable mise en concurrence entre les prestataires lors des opérations de construction ». « Des écarts importants sont apparus entre les chiffrages prévisionnels et les offres faites par les entreprises ». « Le marché de chauffage passé en 1996 a été reconduit en 2001 sans nouvel appel à la concurrence ». Etc.
Les reproches les plus explicites de la CRC concernent la construction de quatre garages destinés à accueillir les véhicules de service, plus un local pour ranger des râteaux. « Le prix de revient (hors frais de maîtrise d’oeuvre) du bâtiment abritant quatre garages et un local jardinier atteint des sommets : 1.785 euros HT le m² SHON ». Le parallélépipède (voir photos ci-dessous) a coûté 116.054,38 euros HT à l’Université. « Compte tenu des prix de revient, équivalent à ceux de logements de standing, on peut légitimement se demander si d’autres solutions n’auraient pas pu être envisagées afin de protéger les véhicules à moindre coût ».

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Garages de caractère.
Chaque box dispose de sa terrasse ombragée.
A droite : les dépendances.
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Gros plan sur les portails. Tout a été prévu, même une astucieuse poignée avec une serrure au dessus.

Revenons à la gestion actuelle.
Le dernier compte financier de l’USTV, qui sera discuté en CA le 30 mai prochain, laisse apparaître un déficit de 6,6 millions d’euros. En 2004, l’Université a dépensé 20,3 millions d’euros et n’en a engrangé que 13,7 (pour un budget d’environ 16,5 millions).
Les retards — indéniables — des bailleurs de fonds (Etat, Région et Département) rendent le trou spectaculaire. Conscients de la situation, les délégués syndicaux avec qui nous avons pu nous entretenir suspectent toutefois l’administration d’équilibrer le budget en surévaluant les recettes. La prise en compte prématurée des subventions participerait de ce phénomène.

Bref : l’Université vit au dessus de ses moyens.

Quand il prône l’ascétisme pédagogique en réclamant la diminution des heures complémentaires (voir article précédent), le Président Bruno Ravaz ne fait que confirmer la chose. Il est juste un poil restrictif dans les solutions envisagées pour réduire les dépenses.

Voici quelles pistes jusque là délaissées, qui mériteraient pourtant qu’on s’y intéresse. Remarque : la liste ne tend pas à l’exhaustivité.

Des bulles qui font pschitt.
Interrogé sur le montant des frais de réception, le Président Ravaz déclare : « [ils] représentent 49.600,05 euros en 2005, en augmentation de 2.000 euros par rapport à 2004 (+5%) » [2].
D’où sortent ces chiffres ? Certainement pas des bilans comptables dont nous disposons [3], puisque ceux-ci indiquent plus de 71.600 euros engagés au cours de l’année 2004 dans la rubrique petits fours et rosé bien frais. C’est à dire un minuscule 38,3% d’augmentation par rapport à 2003 (la somme atteignait alors 51.807,22 euros).
L’USTV a versé l’année dernière près de 25.000 euros à la société Gaudefroy réceptions, et un peu moins de 20.000 à Ricard traiteur.

La maison Chez Momo le roi du Pan Bagna, par contre, n’a rien touché.

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68.03 : "services de traiteurs, réceptions"

Culture et prestige.
Mais l’université, ce n’est pas uniquement le régal des papilles. On peut être gestionnaire d’une modeste fac de province et aimer les belles choses. Chanter l’art, le lyrisme et la poésie.
En octobre 2004, l’USTV inaugurait sa nouvelle bibliothèque. Un ouvrage a été publié à l’occasion. Oh, pas grand chose, un modeste recueil de poésies et de photographies même pas en couleur, envoyé aux membres du Conseil d’administration et à quelques professionnels de la profession : « Ombres et lumières des mots ». Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, c’est le directeur de la bibliothèque (et du service culturel) qui a écrit un tiers des textes. En voici un : « Soudain un visage/éblouit sur la courbure/borne du silence ».
L’USTV a versé en 2004 plus de 15.000 euros au photographe de l’ouvrage. Il paraît que ce n’est pas que pour les 14 (beaux) clichés qui le composent.

Le service culturel organise par ailleurs des manifestations à l’intention du personnel, dans le but de lui ouvrir l’esprit, lui élargir les portugaises. C’est sans doute à cette fin que l’Université a loué une loge à l’Opéra de Toulon (4 places) pour la saison lyrique 2003/2004. Coût : 4804 euros. Certains enseignants contractuels ont peut-être pu assister "gratuitement" à une représentation de Coppelia ou la grande duchesse de Gerolstein, histoire de patienter en attendant le règlement de leurs heures complémentaires. A moins que les agents de service n’aient monopolisé tous les fauteuils.

Autre initiative de prestige, la présidence de l’USTV décide d’engager l’université dans la TRIMED, une course de voiliers « inscrite au calendrier de la Fédération Française de Voile et organisée par le groupe Nice-matin, référence en Méditerranée ». « Il convient de rappeler que l’USTV entend se positionner sur le thème de la mer en se fondant sur l’environnement naturel, ses formations, sa recherche et la pratique d’activités nautiques » [4]. L’idée serait d’engager 6 à 8 bateaux « afin de faire participer le plus grand nombre d’étudiants et de personnels ». Le Conseil d’administration réuni le 1er mars 2004 adopte le projet et lui attribue un budget de 48.450 euros.
Le contractuel frustré d’avoir manqué Coppelia a-t-il pris la mer ?

Une science tellement molle qu’elle en dégouline.
La communication est moderne, la communication est sexy. La communication est le nerf de la guerre dans un monde où l’éventail de formations devient tel que les jeunes bacheliers ne savent plus où donner de la tête. Il faut bien convaincre le client que la meilleure boutique se trouve ici.
Mais la communication, c’est aussi essentiel pour les ambitieux concourrant au prix de "ma trombine dans le journal est pus belle que la tienne". Le président de l’université Bruno « Stan » Ravaz et son vice-président Laroussi « Oliver » Oueslati en savent quelque chose. Le premier, élu UDF au Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, est juriste de formation, tandis que le second, élu radical de gauche au même endroit, a suivi un cursus de "sciences de l’ingénieur". Tous deux se sont éloignés de leurs compétences respectives pour intégrer le laboratoire Lepont, dont le domaine d’activité tourne autour de la communication et des nouvelles technologies d’information. A la pointe de la Recherche pour optimiser le jeu de jambes et le placement quand une caméra de France 3 Méditerranée vient roder sur le campus.

Les pièces comptables indiquent qu’en 2004, l’université a engagé 180.990,06 euros en campagnes de communication diverses (voir fac-similé ci-dessous). En 2003, le chiffre s’élevait à 89.748,93 euros. Une ridicule augmentation de 102%. Les factures pour des "travaux graphiques de communication" (numéro 72.09), elles, sont passées de 14.848,90 à 28.244,90 euros (+90%).
Vous aimez les chiffres ? Vous serez ravis d’apprendre que le Nouvel observateur, cet hebdomadaire très prisé des bacheliers en quête de poursuite d’études comme chacun sait, facture plus de 13.000 euros le tiers de page en noir et blanc (campagne de pub, juin 2004).

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72.02 : "Campagnes de communication (information, publicité, relations publiques)"

Besoin d’altérité.
Le Président regrette que son université manque de liquidités pour financer les déplacements internationaux. Il ne doit sans doute pas parler des siens.
Qui mieux que lui connaît l’état cotonneux du jet-lag, la solitude des salles aéroportuaires ? De Saïgon à Pékin, de la Russie au Brésil, de l’Australie au Burkina Faso, le croisé trace la route en quête de partenariats. Car l’USTV s’ouvre à l’international. Les sommes engagées pour des "services de secrétariat et de traduction" (numéro 70.03) ont d’ailleurs connu une inflation de 55,5% entre 2003 et 2004 (de 20.263,81 à 31.505,58 euros).
Mais personne n’aime voyager seul car les heures sont longues. Surtout quand vous devez vous taper des réunions où tout le monde parle en cantonnais. Nous avons pu calculer que le Président, ses 3 vice-présidents et son directeur de cabinet, plus le chargé de mission aux "filières professionnalisées", ont consommé 19.317,77 euros de billets Air France entre mai 2004 et mai 2005.
Parmi les voyages les plus récents, on notera un aller-retour Marseille / Ouagadougou en classe affaire pour la modique somme de 2498,95 euros (à multiplier par deux puisque cette fois-là, le Président était accompagné de son dir-cab).

Devine d’où je t’appelle ?
En 2004, une trentaine de personnes disposaient de téléphones portables aux frais de l’USTV. Parmi les heureux bénéficiaires, on compte les directeurs de composantes et de nombreux responsables administratifs. Mais aussi l’ancien président Vernet et son ex-secrétaire général. Et un délégué syndical dont les fonctions ne semblent pas exiger une telle attribution.
Les services de téléphonie mobile, abonnements et communications (63.02), ont coûté l’année dernière 27.880,79 euros à l’Université.

La fac lutte contre le chômage.
Terminons l’aperçu avec les contrats d’établissement, ces emplois inventés chaque année par l’institution pour améliorer le fonctionnement des services (et non pas, comme certaines mauvaises langues l’affirment, pour placer Untel ou Untel). L’opportunité de création de ces postes et les indices de rémunération sont laissés à l’appréciation de la Présidence.
Lors de l’année scolaire 2001/2002, la dernière du règne Vernet, 26 contractuels émargeaient ainsi aux rangs de l’administration. En avril 2005, ils sont... 52 (sans compter ceux de moins de 4 mois). Comme nous ne sommes pas du genre à exagérer, nous ne dirons pas que l’augmentation est supérieure à celle du nombre d’étudiants (mais le coeur y est).

Dans le dernier article, il sera question du système qui favorise l’incurie et alimente les dérives. On parlera intérêt personnel, copinage et connivence. Encore un chouette moment en perspective.

(A suivre)

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[1] L’Université de Toulon et du Var (UTV) est devenue Université du Sud-Toulon Var (USTV) en novembre 2003.

[2] Conseil d’Administration du 16 décembre 2004.

[3] Edition des cumuls CSA — Clés de suivis d’Achat —, mai 2005.

[4] Note de présentation à l’intention des membres du CA, février 2004.

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  • > Le prix des contrats 27 mai 2005, par Enfonce le clou (4 r?ponses)
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