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USTV : je te tiens, tu me tiens...

Un Titanic universitaire (3/3)
lundi 6 juin 2005
par Denis Collet

Suite et fin du dossier consacré à l’Université varoise. Après avoir mesuré la décontraction des gestionnaires, voyons comment les avantages bien ciblés, les ambitions politiques, la précarité des uns et l’immunité quasi-absolue des autres gangrènent le fonctionnement de l’institution.

PAS la peine de s’interroger sur l’inertie de la protestation, sur ces longs mois écoulés depuis le début de la crise sans qu’aucune plainte officielle ne vienne perturber l’agenda du tribunal administratif.
Le système s’appuie sur la désinvolture des protagonistes les mieux lotis et l’angoisse des plus faibles. Peur qu’on ne veuille plus de moi pour assurer des vacations. Peur que l’on me préfère un autre fournisseur. Peur que cela porte préjudice à ma fille inscrite en licence. Peur que l’on ne renouvelle pas mon contrat en septembre prochain.
Est-ce par osmose ? Le management agressif du personnel précaire de l’USTV n’a rien à envier à celui des grandes enseignes commerciales avoisinantes.
Dans sa profession de foi du 18 février 2002, sorte de cahier de route pour son mandat de Président à venir, Bruno Ravaz proposait de « mettre en oeuvre une politique de gestion des ressources humaines plus qualitative, fondée sur une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ». Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, l’effectif des contrats d’établissement a doublé en moins de trois ans. Aujourd’hui, à cause du déficit (et des remarques de ses détracteurs ?), le Président envisagerait de supprimer 20% du personnel administratif et technique sous contrat. Je te prends, je te jette... Voilà ce qu’on appelle une bonne « gestion prévisionnelle » !

Désinvolture des protagonistes les mieux lotis, angoisse des plus faibles, mais aussi quelques relations particulières.

Logements de ponction.
L’Université dispose de neuf logements de fonction, dont six sur le seul campus de la Garde [1]. Tous ont été attribués au titre de la « nécessité absolue de service ». « Il y a nécessité absolue de service, lorsque l’agent ne peut accomplir normalement son service sans être logé dans les bâtiments où il doit exercer ses fonctions » [2]. « Seules les concessions de logement accordées par nécessité absolue de service comportent la gratuité de la prestation du logement nu. Les arrêtés qui les accordent doivent préciser si cette gratuité s’étend à la fourniture de l’eau, du gaz, de l’électricité et du chauffage ou à certains seulement de ces avantages » [3]. Les agents logés par l’USTV ne paient pas de loyer. Ni l’eau, ni le gaz, ni l’électricité. La plus ancienne concession date de 1986, la plus récente de 1999.
L’estampille « nécessité absolue de service » laisse perplexe plus d’un observateur. Il faut dire que l’activité professionnelle des fonctionnaires logés est parfois complètement déconnectée d’un impératif de présence. Mais les intéressés récupèrent la qualification d’ agent de sécurité dès qu’il s’agit de justifier la gratuité du logement. Chacun tient pour cela une permanence de surveillance des bâtiments sept jours d’affilée, une fois toutes les six semaines.
Sans entrer dans le débat plus avant, on peut se poser la question suivante : comment un responsable technique "audiovisuel multimédia", attributaire d’un téléphone portable et logé aux frais de l’Université selon des choix discrétionnaires, peut-il envisager sereinement sa mission de responsable syndical [4] ?

Plus pittoresque. Les attributions du Secrétaire Général de l’USTV laisseraient supposer qu’il habite sur le campus par « utilité de service ». « Il y a utilité de service lorsque, sans être absolument nécessaire à l’exercice de la fonction, le logement présente un intérêt certain pour la bonne marche du service » [2]. Une concession obtenue sur ce principe implique normalement une redevance, un loyer que l’agent reverse à l’institution.
L’appartement occupé par ses prédécesseurs est-il devenu insalubre ? A-t-il été aménagé en salles de classe ? En tout cas, le Secrétaire Général n’habite pas ici, il loue une villa ou un appartement à l’extérieur. Et l’USTV règle ses mensualités à hauteur de 840 euros par mois. Un peu plus de 10.000 euros par an, en comptant l’enlèvement des ordures ménagères parce qu’on ne badine pas avec l’hygiène (voir ci-dessous).


Plus pittoresque encore. Madame l’Agent Comptable occupe elle aussi un logement hors les murs. Cela paraît somme toute normal, car si la fac devait loger l’ensemble de son personnel il n’y aurait plus beaucoup de place pour les étudiants. Précision : elle est locataire, et c’est l’USTV qui règle le loyer. 780 euros par mois, un peu moins de 10.000 euros par an (voir ci-dessous).


Les membres du Conseil d’administration ne se souviennent pas d’avoir jamais statué sur la question des logements et des baux locatifs.
Ceci est laissé à l’appréciation des présidents successifs, une façon d’établir avec les services généraux des relations basées sur la confiance et le respect mutuel.

Un pied dedans, un pied dehors.
Relations particulières toujours. Certaines collaborations sont troublantes d’un point de vue déontologique.
Les fonctionnaires peuvent être tentés de faire bosser les copains ou la famille, ça resserre les liens. Le vacataire thermicien sera choisi pour installer la clim dans les bureaux ; la belle-soeur maquettiste dessinera le dépliant publicitaire de la formation, etc [5].
Mais on peut aussi se promouvoir en interne. Exemple de situation curieuse : le 12 février 2001, le Président de l’Université (Jean-Louis Vernet) signait un « marché négocié » ayant pour objet la « collaboration à des actions de formation continue dans le domaine de l’audiovisuel et le multimédia ». Montant fixé à 300.000 francs au minimum et 700.000 au maximum. Attributaire du marché : une association loi 1901. Quelques mois plus tard, Bruno Ravaz (qui n’avait pas encore succédé à Vernet) soutenait la candidature de cette même association pour une représentation au Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire (CEVU) : « [c’est une association] qui à plusieurs reprises a manifesté d’ailleurs, je dirais, "son amour" pour l’Université [...] C’est un centre de formation agréé par le Conseil Régional "P.A.C.A.", agréé par le ministère de la Jeunesse et des Sports, qui siégeait jusque là au Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire, qui n’a pas démérité, loin s’en faut, puisqu’il a été particulièrement présent et représenté » [6]. Tu m’étonnes. Le président de l’association, qui a apposé son paraphe à côté de celui de Vernet pour conclure le marché de « collaboration à des actions de formation continue dans le domaine de l’audiovisuel et du multimédia »... faisait à cette date partie du personnel de l’Université. Cet ancien prof d’EPS est toujours là, aujourd’hui directeur de cabinet de Bruno Ravaz. Et il préside encore (en juillet 2004) l’association dont un membre continue de siéger au CEVU au titre de représentant extérieur [7].

Voilà comment s’alimente le réseau, comment s’affirme le clan.

Services d’intérêt particulier.
C’est parce qu’il est président de l’USTV que le centriste Bruno Ravaz a pu se faire admettre sans trop de difficulté (ce qui ne veut pas dire sans discussion — on y revient dans un instant) sur la liste de Renaud Muselier pour les élections régionales de 2004.
C’est parce qu’il est vice-président de l’USTV que le radical de gauche Laroussi Oueslati a réussi le même exploit auprès de Michel Vauzelle.
Leurs ambitions ne s’arrêtent pas là. Mais la convergence d’intérêts s’achève. Le premier patauge un peu (affronter Falco sur ses terres ne lui garantit pas forcément le plus bel avenir politique), ses déboires au sein de l’Université ne vont sans doute pas arranger les choses. Le second aimerait bien devenir calife à la place du calife. Il prend ses distances, absent du Conseil d’administration depuis trois séances. Afin de se refaire une virginité ? Il est à peine moins impliqué que son camarade dans la situation calamiteuse de l’USTV. D’ailleurs, lors du C.A. du 4 avril dernier, interrogé sur des notes de restaurant dont l’addition semblait déjà extraordinaire après seulement un trimestre, Bruno Ravaz n’a pas franchement rechigné à sortir des chiffres accablants pour le service NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) dont le président se nomme... Laroussi Oueslati. Lou pantaï et l’Auberge provençale n’acceptent visiblement pas les tickets de resto U.

Les vaches maigres pointent leur museau. Après le Conseil d’administration désastreux du 30 mai dernier, il faut s’attendre à une nouvelle visite de la Chambre régionale des comptes. Le Président ne conduira vraisemblablement jamais la Citroën C5 berline ambiance VIP cuir avec navidrive et chargeur CD pour laquelle il avait fait établir un devis par les services généraux. Tristesse.

Au micro de France 3, jeudi 2 juin, Bruno Ravaz expose sa vision de la situation : « si demain on veut une Université bien gérée, alors là on met dehors un tiers des étudiants, on supprime la moitié des cours, et là on aura une Université bien gérée ». Un magnifique aveu d’impuissance et d’incompétence, que l’on pourra mettre en regard des deux derniers petits documents suivants :


Deux factures Orange se rapportant aux téléphones portables du Président (au dessus) et du vice-président (en dessous), période octobre/novembre 2003.
On constate que si Bruno Ravaz a ce mois-là davantage consommé que son acolyte — jet-lag oblige —, Laroussi Oueslati a quand même passé, en 31 jours, la bagatelle de 849 appels depuis son mobile gentiment financé par le Service Public universitaire. 27,4 appels quotidiens en moyenne, dimanche inclus. Mis bout à bout, cela correspond à un jour et demi en continu avec le Nokia collé sur l’oreille. Autant se le faire greffer.
Une précision s’impose, encore une fois : c’est en octobre/novembre 2003 que s’élaboraient justement les listes pour les élections régionales de mars 2004.

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[1] Plus un par secteur "décentralisé", à Toulon, Draguignan et Saint Raphaël.

[2] Code du domaine de l’Etat, partie réglementaire, décrets en Conseil d’Etat, article r94.

[3] Ibid, article r98.

[4] Les statuts de ce syndicat — dont le monsieur est secrétaire départemental — expliquent que « son but est de contribuer à l’étude et à la défense des intérêts économiques, matériels, moraux et corporatifs, individuels et collectifs des travailleurs de la profession [NDLR : personnel technique de l’enseignement supérieur] et, partant, de contribuer à l’élévation du niveau intellectuel, civique et moral de ses adhérents ». Le responsable syndical commence donc par ses propres intérêts économiques. Pour le « niveau moral », on verra plus tard.

[5] La mise en place du nouveau code des marchés publics (septembre 2001) et la définition des modalités d’application internes à l’USTV (juin 2004) rendent les bidouilles plus difficiles en compliquant l’émission des bons de commande. Cela complique aussi la bonne marche des services, mais c’est un autre problème.

[6] Conseil d’administration du 14 décembre 2001.

[7] Remarque : le marché n’a pas été reconduit depuis la création par l’USTV de l’IUP "ingémédia", qui marche sur les mêmes plates-bandes technologiques.

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  • M. RAVAZ nous prend pour des billes 7 juin 2005, par Carolus (2 r?ponses)
  • > USTV : je te tiens, tu me tiens... 6 juin 2005, par Ali (7 r?ponses)
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