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Entretien avec Joël Canapa : des idées sans idéologies ?

MUNICIPALES 2008
lundi 4 février 2008
par Eric Litot

Candidat de la liste Énergies et compétences qui « réunit toute la gauche gardéenne » (le spectre est large : il s’étend du PC à l’UMP), il fut repéré par Maurice Delplace puis adjoint de Yvon Robert. Depuis 2002, il attend son tour en face du maire Jean-Louis Masson, sur le banc d’opposition. Un animal politique qui sait capter l’air du temps. Pour faire quoi ?

VOUS avez rassemblé autour de vous un grand nombre de sensibilités, du Parti Communiste au Modem. Ne craignez-vous pas que cette ouverture suscite un certain malaise dans votre électorat traditionnel — le Parti Communiste — et dans l’électorat des autres tendances ?

Ne pas oublier que c’est tout d’abord une élection municipale et qu’ensuite, à La Garde, il y a une tradition d’ouverture d’esprit. Et je ne parle pas d’ouverture politique au sens sarkozien. J’ai constitué un rassemblement autour de moi, indépendamment des étiquettes de chacun. Beaucoup d’ailleurs sont issus de la vie associative et civile et n’ont aucun engagement politique au sens des partis. Ce qui les soude, c’est le projet pour la ville. On s’est mis d’accord pour qu’une fois l’élection passée chacun reprenne sa totale liberté d’expression au plan politique. On a par exemple un adhérent de l’UMP qui est là en tant qu’homme apportant ses compétences et connaissances du tissu économique de La Garde. L’adhérent du Modem a été pendant 10 ans commandant de la brigade de gendarmerie de La Garde et c’est à ce titre qu’il participe au projet. C’est un peu ce que faisait Maurice Delplace. Si le projet est fort et si on vise sa réussite, on peut rassembler des gens différents au service de la ville.
Demain, il y aura des élections législatives, présidentielles, des référendums ou autres, et chacun reprendra sa liberté et soutiendra l’idée et le candidat de son choix. À la condition de faire attention de ne pas dépasser un certain nombre de limites, et de toujours se rappeler que les gens nous ont élus pour qu’on réalise le projet municipal. C’est ce que je vis à la Région. Je fais partie des 14 vices présidents qui se réunissent toutes les semaines autour de Michel Vauzelle et on a passé tous ces caps — constitution, présidentielle, législatives — où certains se sont retrouvés les uns contre le autres. Mais à chaque réunion de l’exécutif, on travaille sur le projet 2004 sans dissension entre nous. C’est donc possible.
Cela ne veut pas dire qu’une élection municipale est hors tout contexte politique mais à La Garde on a quand même une chance : les grands choix ont déjà été faits. On a 27% de logements sociaux, on a créé un réseau d’accueil pour la petite enfance, des équipements sportifs, une zone d’activité économique... Ces choix ne peuvent donc pas nous diviser puisqu’ils sont là. Je crois qu’en politique il faut rechercher les points de convergence plutôt que les clivages et ce qui nous différencie. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de clivages, mais ils ne sont pas toujours là où on le croit. Il n’y a pas une différence totale de pensée entre la droite et la gauche. Il y a des sujets sur lesquels on peut se retrouver et un certain nombre sur lesquels on ne se retrouvera pas.

On constate en effet tous les jours les convergences de vue des personnels politiques. Des convergences qui flirtent avec la connivence.

Il y a des principes sur lesquels on ne peut pas déroger. Les principes de laïcité et de service public en font partie. Mais mettons du contenu derrière ces mots. La laïcité, ce n’est pas seulement ne pas financer les écoles privées ou marquer sur le fronton des établissements publics "Liberté, Égalité, Fraternité". La laïcité, c’est de tout faire pour que tous les enfants aient les mêmes chances. Ce n’est pas de l’égalitarisme. On a 3 écoles (sur 10) à La Garde qui ont des résultats catastrophiques vis-à-vis des évaluations académiques. Faire vivre la laïcité c’est faire en sorte de mettre des moyens, là plus qu’ailleurs, pour que ces enfants puissent bénéficier de soutiens scolaires, d’aides aux devoirs... La laïcité c’est aussi la démocratie participative et faire en sorte que les gens soient associés à l’élaboration des décisions.
Je suis un grand défenseur du service public mais je suis convaincu que le meilleur défenseur du Service Public c’est le Service Public lui-même : quand il est adapté aux besoins des gens, il n’est jamais remis en cause. Cela passe par la qualification du personnel, les horaires d’ouverture, et cela a bien sûr un lien direct avec la Démocratie Participative. Comment doit-on déterminer les horaires d’ouverture d’une crèche ? En discutant avec les premiers concernés. Défendre le Service Public c’est aussi éviter qu’il s’occupe de tout. Cela ne me dérange pas de confier la gestion du pôle aquatique — si jamais il se fait sur la commune de La Garde — au privé. La mairie n’a pas forcément vocation à gérer une piscine.

Je voudrais revenir sur la Démocratie Participative. C’est une notion qui fait souvent partie de la panoplie des campagnes électorales mais qui est rarement appliquée dans les faits. En effet, la Démocratie Participative nécessite des élus qu’ils acceptent de co-gérer la ville. Cela induit aussi des personnels chargés de la faire vivre. La ville d’Aubagne a d’ailleurs tenté l’expérience...

C’est une grande question : une fois élu a-t-on encore envie de demander leur avis aux gens ? Magali Giovannangeli, 1ère adjointe de la mairie d’Aubagne en charge de la Démocratie Participative, est venue travailler avec nous à plusieurs reprises. Ce que je trouve intéressant dans la Démocratie Participative c’est qu’il n’y a pas de modèle : on ne prend pas ce qu’il y a à Aubagne pour le faire ici. Ce que j’explique aussi à mes amis c’est que l’on ne va pas faire LA Démocratie Participative. On va faire des choses et puis un jour on se retournera et on constatera que cela ressemble à de la Démocratie Participative.
On va commencer par valoriser ce qui existe. Je pense aux conseils d’école, au tissu associatif, aux CIL (Comité d’Intérêt Local). Comment faire pour que ces organismes jouent un véritable rôle autre que celui de chambre d’enregistrement ? Cela suppose un budget participatif. Pourquoi, quand le directeur d’école doit changer une imprimante, il doit demander l’autorisation au Maire ? Pourquoi un président de CIL qui veut déplacer un banc, une poubelle ou un container à verre, doit-il demander l’autorisation au Maire ? On peut, en encadrant juridiquement les missions de chacun, commencer à responsabiliser les gens en leur confiant la gestion de leur périmètre.
Je voudrais par exemple réfléchir avec les associations sportives et les autres à la mise en place de critères d’attribution des subventions et introduire ainsi une certaine lisibilité dans le financement des associations.
Il y a des grandes questions qui doivent être traitées par l’ensemble de la population. Je pense par exemple au budget et au PLU [1]. Ce que je trouve intéressant dans la Démocratie Participative, ce n’est pas simplement le fait que l’on construise des choses avec les gens, c’est qu’on va aussi montrer les limites. Tout n’est pas possible, il y a un budget, des réglementations, et tous ces aspects seront aussi partagés. Je reviens sur la laïcité. L’idée de la laïcité c’est de faire en sorte que l’on passe de la personne qui a un directeur de conscience au citoyen qui pense par lui-même. Mais pour cela il faut qu’on lui explique, qu’il soit informé. Si pour le budget il ramène cela à sa gestion familiale, il se rend compte qu’il doit aussi faire des choix.
Mais il faut une véritable volonté politique. Je l’ai car je me rends compte, notamment à travers mon 2ème mandat à la Région, que chaque fois que cela est fait, on ne perd pas de temps car au lieu de faire des bêtises que l’on est amené à corriger a posteriori, on intègre en amont les préoccupations de tout le monde. J’aurai une adjointe qui s’occupera de Démocratie Participative et de la vie associative et qui aura à coeur, avec une équipe opérationnelle, de faire vivre la transversalité : elle ira chercher l’adjoint aux travaux, et l’adjoint à l’éducation et demandera : « Tu veux faire ça ? Tu as demandé l’avis à qui ? Tes services ? Cela ne suffit pas. On prend 15 jours, on se pose ».
Je me méfie des mots. "Démocratie Participative" en fait partie, tout comme "développement durable". Quand on a rien à dire, on tartine là-dessus.
Parlons du PLU. C’est un terme barbare et aujourd’hui tout est fait pour que vous n’y compreniez rien. Il y a une procédure de consultation légale qui dure 30 jours. Vous allez voir des panneaux où vous lirez par exemple que la zone UA va passer en zone UAB2. Et on ne vous explique rien. Il y a certes la réglementation mais il y a aussi une façon de présenter les enjeux.
Un exemple. La ville compte 26000 habitants. Si on décide que la ville doit passer de 26 à 28000 habitants, va-t-on favoriser l’étalement urbain ou la densification (les urbanistes prôneraient la densification) ? Si on choisit la densification, où va-t-on la pratiquer ? Dessiner la ville pour dans 5 ans, 10 ans ou plus, nécessite de donner des explications aux citoyens. Mais cela provoque du débat car lorsque les gens comprennent, ils ne sont pas forcément d’accord et ont des choses à dire.

Pour rebondir sur la question de l’urbanisme, un pharaonique projet de 300 villas est prévu à Ste Musse. Qu’en est-il et de qui dépend cette implantation ?

Cela ne dépend que du Maire. Je suis complètement opposé depuis le début à la construction de 300 villas à Ste Musse. C’est une hérésie que de raser une colline pour construire 300 villas. On a voté contre la modification du PLU, contre toutes les délibérations et j’en ai attaqué une au tribunal administratif parce qu’il y a selon moi une illégalité dans la procédure, où la convention publique d’aménagement passée avec la SEM aurait dû être mise en concurrence. C’est passé vendredi dernier au tribunal administratif (le 18/01/08) : les conclusions du Commissaire du gouvernement vont dans mon sens. On attend maintenant les suites.
Si je suis élu, je ne ferai pas 300 villas sur la colline de Ste Musse. Et je ne ferai pas non plus l’ânerie qu’ils veulent me prêter de faire la continuité des Oeillets jusqu’à la Planquette. Qu’ils continuent comme ça, c’est tellement ridicule que cela fait beaucoup rire les gens : partout en France on démolit des tours et des barres et moi à La Garde j’irais en construire ! Enfin bon...
Cette zone — la colline de Ste Musse — a toujours été constructible. Elle doit le rester mais avec un coefficient d’occupation des sols relativement faible pour que l’on ait plutôt de l’habitat diffus qu’un lotissement de 300 villas. Tout le monde y est opposé. C’est le simple bon sens qui commande. On n’est pas dans le combat droite-gauche, là. Je veux bien qu’il fasse des villas pour les riches et que les riches votent pour lui (Jean-Louis Masson) mais le problème n’est pas là. Qu’il les fasse ailleurs ces villas ! Jamais je ne me suis opposé à d’autres projets ailleurs. Mais la colline, c’est du patrimoine collectif visuel. Une ville, pour qu’elle soit agréable à vivre, il faut un équilibre entre les zones à faible densité, des zones non construites, etc. Il ne faut pas faire n’importe quoi n’importe où.

Vous évoquez la gestion du patrimoine communal. L’eau, ressource naturelle vitale en voie de raréfaction, fait aussi partie du patrimoine communal dont la maîtrise doit être de la compétence de la commune. Qu’en est-il exactement à La Garde et quels sont les projets de votre liste ? Parallèlement, que pensez-vous de la notion de développement durable, autre expression valise à la mode dans les discours électoraux ?

Je préfère parler de protection active de l’environnement plutôt que de développement durable. Je sais ce qu’est le développement durable mais je ne suis pas sûr que cela soit le cas pour tout le monde, sans que cela soit péjoratif. Cela fait partie des tartes à la crème.
L’eau à La Garde a toujours été municipale et avec moi le restera. Et je suis tout à fait d’accord avec vous : on parle d’un monde sans pétrole mais les sociétés sauront vivre sans. En revanche, sans eau, elles ne savent pas. Il faut donc à tout prix économiser l’eau.
Un premier moyen serait relativement facile à mettre en oeuvre à La Garde. On a une usine de retraitement des eux usées au Pouverel qui traite les eaux usées de la moitié de Toulon, de La Garde, de La Valette et du Pradet. Une fois traitée, l’eau est rejetée à la mer. Il "suffirait" que cette eau subisse un traitement de plus pour pouvoir être utilisée pour l’arrosage des espaces verts, du golf, pour l’alimentation des véhicules de secours et d’incendie, des balayeuses qui nettoient la ville, voire même pour recharger la nappe phréatique. Cela représente 5 millions de m3 d’eau par an.
Les bâtisseurs de cette ville ont eu l’intelligence de créer un réseau d’eau double : une canalisation pour l’eau potable, une canalisation pour l’eau qui arrive directement du canal de Provence et de la nappe phréatique. La chance que l’on a est que la canalisation s’arrête à 500m de l’usine de retraitement des eaux. On raccorde l’usine et la canalisation et on économise 5 millions de m3 par an.
On ne changera pas la face du monde mais que tout le monde le fasse et on en reparlera, de la face du monde. C’est ce que j’aime dans la notion de protection de l’environnement : il y a certes les Etats Unis qui doivent ratifier les accords de Kyoto mais il y a ce que chacun peut faire à son niveau. Je pense qu’une commune doit être exemplaire pour participer à la pédagogie. Si elle fait beaucoup, elle donnera envie au particulier de faire aussi. Si elle n’est là que pour donner des leçons, cela ne marche pas.
Un autre aspect que l’on veut promouvoir, c’est de développer les moyens de déplacement doux à l’intérieur de la commune. On s’engage à créer 10 km de pistes cyclables et/ou piétonnières sur la durée du mandat, à développer les transports en commun intra muros. On constate en effet qu’aujourd’hui, le réseau est fait pour quitter La Garde. On aimerait développer les déplacements La Garde/La Garde et particulièrement les jours de marché mettre en place des navettes. On voudrait que les 3 écoles qui devront être reconstruites soient exemplaires, bioclimatiques, à énergie positive. Cela permettrait aux enseignants de développer du projet pédagogique, de former à la citoyenneté : expliquer aux élèves pourquoi il y a des panneaux solaires sur les toits, pourquoi une pompe à chaleur, un puits canadien (ou provençal)...
La commune doit être exemplaire et travailler sur les économies d’énergie, travailler sur la récupération des eaux de pluie. Quand on regarde la surface de toit d’un gymnase, ou la surface de toit de la médiathèque Gérard Philippe, il "suffit" de creuser une citerne... On peut me demander pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt ? Par exemple quand j’étais 1er adjoint dans la précédente équipe ? On ne peut pas tout faire, et il faut reconnaître qu’heureusement il y a eu les écologistes il y a 40 ans de cela... Je me rappelle René Dumont que presque personne n’écoutait et qu’on réhabilite aujourd’hui. Ce n’est pas parce qu’on n’a rien fait avant qu’on n’est pas crédible. Ce que je revendique, c’est ce que je fais à la Région, par comparaison avec ce que fait le Maire sortant de La Garde à La Garde. Et le maire sortant de La Garde ne fait rien en la matière. Il a beau avoir le prix de je sais pas quoi dans Var-Matin [2]... À la Région on s’est engagé à ce que tous les nouveaux lycées soient aux normes HQE (Haute Qualité Environnementale). On utilise des modes de chauffage alternatif. Le lycée du Muy est par exemple chauffé au bois. On n’utilise pas d’énergie fossile et on rentabilise une partie de la forêt méditerranéenne.
On a une vision systémique du développement durable et de la protection active de l’environnement : on peut chercher des terres à louer à de jeunes agriculteurs auxquels on assurerait par exemple 50% d’achat de leur récolte, et ainsi proposer une alimentation issue de l’agriculture biologique à nos enfants. Le premier adjoint du maire sera en charge du développement durable parce qu’on estime que c’est fondamental et suffisamment transversal pour être placé haut dans les délégations.

Aujourd’hui, rien ne semble exister autour du développement durable...

Il n’y a rien et je dirai même qu’ils sont allés plus loin que rien : sur le règlement de ZAC de Ste Musse, ils interdisent les panneaux solaires sur les toits pour des raisons esthétiques... C’est du pétainisme, la vision petit village, la France, le clocher [3]... Il y a des élus qui se permettent de donner la définition du beau et du pas beau !
Pour être synthétique, je dirai : être une commune exemplaire et favoriser le conseil aux particuliers. En effet, le principal obstacle que rencontrent les particuliers est l’absence de conseil. À part les installateurs, personne ne peut vous conseiller, et l’installateur ne pourra vous parler que de ce qu’il connaît. On aidera un bureau d’étude local à s’installer et à se développer pour qu’il puisse venir chez vous pour apporter une réponse adaptée à vos besoins. Et on ne créera plus aucun nouveau bâtiment sans intégrer la démarche environnementale. Il est par exemple aberrant que la dernière résidence universitaire construite au dessus des résidences du Faron et livrée en septembre 2007, avec des toits plats et orientés plein sud, n’ait aucun panneau solaire... On est chez les fous là !

Il n’est pas contradictoire de parler d’économie d’eau et de vouloir construire un pôle aquatique ? Surtout que Hyères vient de terminer la construction d’une base nautique importante et que Toulon possède aussi un complexe aquatique au Port Marchand.

Si l’on se place sur le plan de l’étude de marché, Toulon est complètement saturée. Et aujourd’hui on parlera plus d’un pôle aquatique que d’une piscine, car les gens ne veulent pas simplement nager mais aussi pouvoir pratiquer des activités ludiques...

Mais pourquoi ne pas aménager la piscine qui se trouve en face de la patinoire ?

La couvrir serait très complexe et très coûteux et aucune solution satisfaisante n’existe pour pallier le problème récurrent de stationnement des véhicules.
Et puis je crois beaucoup plus aujourd’hui à l’équipement de loisir qu’à l’équipement sportif. La Seyne et Hyères montrent bien qu’il faut un bassin pour le nageur mais aussi par exemple de la gymnastique douce pour des personnes plus âgées. On ne peut pas dire que l’on concurrence Hyères. Quand on regarde les bassins de vie, on constate que le premier bassin de développement est Hyères, puis toutes les communes du littoral. Nous toucherons plus une clientèle qui viendra de l’Est de Toulon et de l’Est de l’agglomération, des gens qui n’iront pas à Hyères mais qui s’arrêteront à La Garde. Cela fait un nombre de personnes important, plus l’université — vous savez bien que les STAPS doivent aller à Hyères ou à Toulon pour nager, ce qui est aberrant — plus les gens de la zone d’activité économique qui entre midi et deux ont besoin de décompresser et destresser et venir nager — c’est le gros de la clientèle de La Seyne. On ne concurrencera personne et on sera complémentaire. D’ailleurs, ni Hyères ni Toulon ne sont inquiétées par ce pôle aquatique. En ce qui concerne la gestion de l’eau, une piscine ne se vide pas tous les jours... Ce n’est pas elle qui va vider la nappe phréatique. Il vaut mieux faire en sorte que les arrosages publics arrosent l’herbe et pas la route.
Ce que je regrette, c’est qu’une idée que je pousse depuis 2004 au conseil municipal, une idée cohérente parce que le terrain appartient à la ville via sa SEM, se voie refusée parce que c’est moi qui la propose. Du coup on n’est pas d’accord et on veut le faire à La Valette. Je trouve que c’est une façon lamentable de faire de la politique que de considérer que les mauvaises idées sont d’un côté et les bonnes de l’autre, et que le maire de La Garde se glorifie de ne pas réaliser le pôle sur sa commune mais dans la ville d’à côté. C’est une façon complètement périmée de faire de la politique. Et là, il ferait bien de s’inspirer de la Démocratie Participative et de demander l’avis aux gens.

Votre position sur la LGV (Ligne à Grande Vitesse) et sur le tramway ?

Je suis tout à fait favorable à une LGV [4] Il est important que l’on puisse partir de Hyères et de Toulon en TGV mais quand on a une vision régionale et pas clochemerlesque de la chose, il reste à réaliser la connexion avec Nice. Et ce n’est certainement pas en passant par Marseille, Toulon, La Garde, Cuers etc. qu’on la réalisera dans de bonnes conditions.
La LGV doit prendre depuis Aix tout droit jusqu’à Nice. Nous avons une desserte à conserver et si jamais il y a des arguments en faveur d’une LGV souterraine ou sur viaduc, je demande à ce que le débat s’instaure. Je l’attends depuis 2004 au sein du conseil municipal de La Garde. J’ai toujours eu un élu en face de moi qui refusait de débattre de l’avenir de sa ville. S’il a des arguments pour, qu’il les développe.
Au-delà de la nécessité de relier Nice et l’arc latin au nord de l’Europe, si on veut développer l’économie dans notre région, il est impératif que l’on puisse se déplacer facilement au sein de la région avec les TER. Si on veut cela, il faut que les trains nationaux empruntent une autre ligne que les trains régionaux. Ainsi on aura un réseau de TER sur toute la façade méditerranéenne et on pourra travailler à Nice ou à Marseille sans que cela soit le parcours du combattant.

En ce qui concerne le tramway, je commencerai par dire que nous sommes dans une agglomération qui manque d’ambition. Quand j’entends dire que l’on veut finir le 2ème tube, et qu’après seulement on se posera la question des roues ou du rail, et que les roues c’est moins cher que le rail et que c’est certainement mieux... Ce qui est mieux c’est de ne rien faire, et effectivement c’est ce qui est fait dans cette agglomération depuis 40 ans : on ne fait rien, on ne la développe pas. Toutes les métropoles d’Europe ont choisi le tramway sur rail. Sauf à considérer que nous sommes les seuls intelligents et que tous les autres sont des idiots...
C’est tout de même du transport en commun et la capacité d’une rame sur rail est 2 fois plus importante que celle sur pneu. C’est aussi une opération d’urbanisation et aujourd’hui, on est sur rien du tout. Les entreprises de transport paient une taxe majorée et très élevée pour financer les travaux du tram dont on ne voit toujours pas le début. On est sur un tracé qui date des années 70, qui consiste à relier la gare de La Seyne à la gare de La Garde centre, ce qui ne correspond plus du tout aux logiques de déplacement urbain. Dire aux gens Solliès-Pont de prendre leur voiture, de venir dans le centre ville de La Garde pour se garer et prendre le tramway et repartir dans l’autre sens pour aller à Toulon, c’est une idiotie. Donc oui il faut un tramway, que des études rapides réactualisent le tracé — le pôle multimodal serait sûrement mieux situé à la Pauline qu’à La Garde centre, en achetant les emprises nécessaires pour faire des parkings — et qu’on arrête de parler pour faire quelque chose.

Un nouveau candidat, Kamel Amraoui, se déclare à La Garde. Qu’en pensez-vous ?

C’est désolant car nous partageons pour l’essentiel les mêmes idées et il n’a pas voulu nous rejoindre malgré les propositions que je lui ai faites.

Que vous a-t-il opposé ?

C’est à lui de le dire... Mais rien. Il a certainement de très bonnes idées et j’étais tout à fait prêt à travailler avec lui. On en discute depuis l’été 2007, il n’y avait pas de raison qu’il ne rejoigne pas ce large rassemblement. Je ne sais pas si Kamel se réclame de la gauche ou pas, je ne sais pas, mais sur les thèmes de la Démocratie Participative, de l’environnement, du lien intergénérationnel, des actions en direction des jeunes, etc. il n’y a aucune différence entre nous. Donc c’est dommage. Je ne ferai pas plus de commentaire. Il fait son choix...

C’est cela aussi la démocratie ?

Oui et je n’ai jamais été de ceux qui lui ont dit, « Si on perd c’est de ta faute », mais cela sera quand même de sa faute. C’est dommage, il aurait fait un bon adjoint. Je ne comprends pas ses raisons, ou alors un problème d’ego ...

C’est ce qu’il y peut-être de plus compliqué à gérer dans une liste...

Je reste très attentif à cette question-là : le plus compliqué n’est pas de faire le rassemblement, c’est de le faire fonctionner après. J’ai toujours voulu garder mes distances par rapport à la politique : je suis vice-président de la Région, je suis élu à La Garde, mais je continue à avoir une activité professionnelle pour rester le plus possible les pieds sur terre et surtout ne pas me prendre pour quelqu’un d’autre. Dans ce domaine-là je ne pardonne rien aux autres. J’essaie de ne pas me regarder marcher, de ne pas me prendre pour quelqu’un d’autre parce que j’ai des titres etc. Et je ne supporte pas quand les autres le font. Et celui qui m’a dit qu’il avait bac+12, il me l’a dit une fois et il n’aura plus jamais envie de me le dire. J’ai annoncé la liste lundi dernier au comité de campagne (le 21/01) et je leur ai dit qu’il faut rester humble, on n’est rien, juste des élus. C’est difficile mais il faut avoir une certaine hygiène de vie comme une famille et des amis pour lesquels vous continuez à être le même. Il faut en être pénétré : on est au service des gens, on essaie de régler leur problème, on les écoute. C’est prépondérant. J’avais un grand-père pour lequel j’avais beaucoup de respect et qui avait fait des choses beaucoup plus importantes que celles que l’on fait nous, à des époques où ils ont risqué leur vie, et si il revenait, je n’aurais pas envie qu’il me donne des coups de pied au cul... On est des élus ? Et alors ? Le jour où on ne l’est plus ? Ben plus personne ne vous parle, ce n’est donc pas la peine de se prendre au sérieux.
J’ai fait le choix de continuer à travailler pour ne pas dépendre de la politique pour vivre. Cela permet un peu de recul par rapport à tout ça.

Être un professionnel de la politique ne vous permettrait pas d’être plus efficace ?

Même pas. On n’en fait pas plus. On perd plus de temps, c’est tout. J’ai un copain de très longue date qui, en cumulant ses indemnités, arrive à 4500€/mois, alors que son métier le rémunère à hauteur de 1700€/mois. Cela pose problème car le jour où cela s’arrête, on n’est pas forcément prêt à revenir à 1700€. On est donc prêt à faire n’importe quoi pour garder les indemnités. Ce n’est pas sain. Il y a en même temps pas assez et trop d’argent en politique.
Quand je vois que le maire de La Garde touche une indemnité de 2300€/mois, ce n’est pas assez s’il doit arrêter de travailler pour gérer la commune, mais c’est trop s’il la cumule à des retraites et 36 indemnités. Il faudrait changer beaucoup de choses. En fait, il faudrait refaire le monde.

Propos recueillis le 26 janvier 2008

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[1] Plan Local d’Urbanisme.

[2] La ville de La Garde a reçu le 17ème trophée "Eco-Actions" le 15 janvier 2008, événement aussitôt rapporté dans le n°934 de La Garde Hebdo, la feuille de com’ de la municipalité.

[3] Je vous conseille la vision iconoclaste de l’architecte Riccioti qui parle des bombardements de maisons provençales dans le Sud-Est.

[4] Lire le dossier réalisé par l’association Ensemble.

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