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L’honneur bafoué de la présidence de l’USTV

dimanche 30 août 2009
par Denis Collet

Le Président de l’université toulonnaise n’est responsable de rien. Ni des méfaits de la LRU, ni de la désertion programmée des étudiants, ni de la déplorable réputation d’un établissement désormais connu jusqu’en Chine, alors qu’il n’a jamais prétendu émarger au classement de Shangaï. Laroussi Oueslati et son équipe sont aujourd’hui les victimes d’une ignominieuse cabale visant à fragiliser une institution déjà mise à mal par les réformes en cours et l’incroyable impudence de certains qui prétendent donner des leçons de vertu alors qu’ils ne connaissent rien à la gestion comptable ni aux menus de l’Auberge Provençale. Non, la Présidence de l’USTV n’est responsable de rien. De là à dire qu’elle est irresponsable en tout, il y a un pas que seuls franchiront les cyniques.

POUR mesurer l’ampleur du complot dont les édiles de l’USTV sont l’objet, il faut revenir sur les incidents qui ont émaillé 17 semaines de contestation universitaire.

Peu importe la chronologie. Nous commencerons par la fin. À certains attributaires de la lettre dite "des 98 jours", Laroussi Oueslati avoua qu’il l’avait envoyée pour calmer les esprits des membres de son entourage qui s’indignaient, avec Valérie Pécresse, que l’on puisse accumuler autant de semaines de chienlit sans que les vrais responsables, à savoir les opposants à la LRU qui animaient la sédition, ne soient sanctionnés d’aucune manière. Puis, convaincu de s’être laissé entraîner sur une pente savonneuse, puisqu’aucun recensement de grévistes n’avait été conduit par l’administration depuis le début du conflit, et afin d’arrêter la circulation sur internet de propos fort désobligeants à son encontre, il envoya un rectificatif assurant qu’il s’agissait d’un malentendu, qu’il n’avait jamais été question de retirer 98 jours de salaire à quiconque, qu’il s’était contenté d’émettre une simple suggestion. Voilà : obligé d’expliquer par A plus B à ces crétins d’universitaires qu’ils ont mal interprété une phrase pourtant correctement formulée. À croire qu’ils ne savent pas lire.

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Première lettre, 11 mai

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Seconde lettre, 25 mai

Quand les forces de police débloquèrent l’université à la demande expresse de Laroussi Oueslati, une semaine après le début d’un blocage voté en assemblée générale, le président socialiste du conseil régional Michel Vauzelle lui fit part de sa grande contrariété, sachant que Oueslati est élu à la région PACA sur les bancs de la majorité de gauche. Des propos fort désobligeants commencèrent à circuler sur internet, ça va devenir une habitude, et les médias nationaux relevèrent l’exception toulonnaise tandis qu’applaudissaient les militants de l’UNI, syndicat étudiant dont les idéaux politiques ne correspondent a priori pas à ceux du líder máximo de l’université de Toulon. À tous les abrutis qui lui posèrent la question, le président de l’USTV expliqua patiemment, car il en faut, de la patience, qu’il ne fallait pas y voir là une démarche personnelle, mais que Valérie Pécresse mettait une pression intolérable sur les frêles épaules des présidents d’université pour sortir du conflit, les encourageant à recourir à la force publique afin de libérer les campus bloqués. De toute façon, personne ne s’est fait molester, Laroussi ne l’aurait pas toléré, il aime trop les jeunes pour cela.

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Laroussi Oueslati solidaire de la jeunesse en lutte

L’empathie qu’il développe à l’égard des étudiants est d’ailleurs telle qu’il ne put s’empêcher de déclarer publiquement, dans un amphi bondé lors d’une assemblée générale de février, qu’« aucun étudiant [ne serait] pénalisé par son investissement dans le mouvement anti-LRU ». Ces petits imbéciles ont malheureusement pris sa phrase au premier degré ! Alors forcément, ils l’ont eu mauvaise en fin d’année, quand ils se sont rendus compte qu’ils allaient devoir se faire évaluer dans des conditions exécrables. Mais ce n’est pas la faute du Président, car comme disait Charles Pasqua, «  les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». Il faut apprendre à lire entre les lignes même si rien n’est écrit, et ce n’est pas le moindre talent du Président que savoir pratiquer l’ellipse.

En mars, nous découvrîmes avec stupéfaction les accusations de clientélisme portées par le journal le Monde à l’encontre de l’USTV. Il ne manquait plus que ça. Pourquoi l’USTV, pourquoi Toulon ? Qu’a-t-on fait à ce journaliste, ou que ne lui a-t-on pas fait, pour qu’il vomisse ainsi de telles insanités ? L’ensemble de la Présidence et les directeurs de composantes, légitimement indignés, signèrent une déclaration s’achevant sur ces mots : « l’affirmation selon laquelle "Toulon a toujours eu un système clientéliste" constitue une atteinte grave aux Toulonnais et à leurs représentants élus aux plans local et national. Elle rappelle de manière honteuse les heures les plus noires où des amalgames étaient déjà faits contre Toulon dans le passé. Au-delà de ce préjudice subi par l’Université, c’est l’ensemble de la population de l’agglomération toulonnaise qui est stigmatisé ». À titre tout à fait personnel, je voudrais profiter de cette tribune pour affirmer que de telles accusations n’accablent pas seulement l’université, ni Toulon, ni son agglomération : c’est bien la France qu’on assassine quand on tire sur le Président de l’USTV, oui j’ose le dire, non vous ne me ferez pas taire.

Concernant la LRU, le président a toujours adopté une position très claire. Radicalement Pour en novembre 2008 [1], radicalement Contre en février 2009 [2], radicalement ni Pour ni Contre en mars 2009 [3]. N’oublions pas que Laroussi Oueslati est un cadre local du part radical de gauche.

Comment douter du complot qui se trame ? Au mois d’août, le Monde — encore lui — révèle les bribes d’un rapport provisoire. Laroussi Oueslati s’étrangle, constatant « que la commission d’enquête qui était censée se concentrer sur l’existence ou non d’un trafic de diplômes à l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE) de Toulon [a] finalement produit un rapport à charge, essentiellement dirigé contre la présidence de l’université » (Var matin, 31 juillet 2009). Tiens, c’est vrai, je m’aperçois soudain que j’ai omis de vous parler de cette triste affaire de corruption présumée. Certainement parce qu’elle a fait pshit, au bout du compte. Car les enquêteurs de l’IGAENR [4] branchés sur le dossier sont revenus bredouilles de leur virée toulonnaise — comment aurait-il pu en être autrement ? Hélas, Valérie Pécresse n’aurait jamais accepté de reconnaître le bilan extrêmement positif des gestionnaires de l’USTV, alors ces types ont détourné son attention sur des vétilles : « à Toulon, l’absence de rigueur dans l’application des lois et règlements prend un relief particulier car elle s’inscrit dans un contexte de très grande personnalisation du pouvoir [...] Le Président adopte des attitudes de proximité ou de connivence [...] et passe aisément des promesses aux menaces » (Le Monde, 30 juillet 2009).

Heureusement, devant l’adversité, l’équipe présidentielle se serre les coudes. Cinq vice-présidents, quelques directeurs de composantes, tout un personnel administratif et puis aussi, près de 40 chargés de mission, ça en fait des coudes à se serrer. D’ailleurs, à chaque fois qu’il est écrit "Laroussi Oueslati" dans ce texte, il faut lire "l’équipe présidentielle" car les meilleures idées ne sauraient résulter que d’un travail d’équipe, une équipe dont les fulgurances ne lassent pas d’esbaudir l’ensemble de la communauté universitaire.
Par exemple : on complote à grand coups de malsaines rumeurs ? Qu’à cela ne tienne. En deux coups de HTML, faisons un site contre la rumeur. Puissant, non ?
Un autre exemple encore plus puissant délivré par le vice-président Pierre Sanz de Alba lui-même : on prétend que le recrutement des étudiants étrangers est empreint de laxisme, que certains ne savent toujours pas parler le français à la remise de leur diplôme ? Qu’à cela ne tienne. Le vice-président du Conseil d’administration de l’USTV fait voter dare-dare un projet intitulé « Maîtrise de la langue française pour l’admission des futurs étudiants non francophones », le 7 avril dernier, juste après l’arrivée des premiers enquêteurs intéressés par les chinoiseries. Il s’agit d’être plus royaliste que le roi, enfin, plus bessonien qu’Hortefeux, en ajoutant une épreuve à la longue liste de celles que les candidats étrangers doivent déjà se farcir pour obtenir un visa et accéder au territoire français. Sauf que cette épreuve supplémentaire se passe à l’USTV, une fois que les jeunes gens sont arrivés. Sans entrer dans les détails techniques, rendons hommage au vice-président qui a ainsi fait voter au CA des dispositions parfaitement inapplicables à moins de vouloir engorger les bancs du tribunal administratif. Trop fort.

Laroussi est résolument un visionnaire, inspirateur de Nicolas Sarkozy dans sa stratégie d’ouverture puisqu’il a su depuis longtemps, bien avant son élection de 2007, s’entourer de personnalités aux convictions politiques différentes des siennes, voire très différentes, voire opposées, l’important étant que tout le monde trouve son avantage à être élu pour le bien-être collectif. Ah bien sûr, ça déroute les mal-comprenants et les jaloux. Michel Vauzelle et Robert Alfonsi [5] ont même échafaudé l’hypothèse selon laquelle le président de l’USTV pourrait être tenté de prolonger sa carrière de militant auprès de l’UMP. Là encore, un problème d’incompréhension savamment entretenue par les conspirateurs.

Il est temps maintenant de nommer ceux-là, les instigateurs du complot. À ce stade, les lecteurs les plus perspicaces auront sans doute compris.

Disons-le bien fort, les responsables sont ces quelques personnels, profs ou administratifs, qui, couteau entre les dents, fomentent la révolution. Et oui.

Et aussi Valérie Pécresse, qui fomente la réforme. Et les étudiants, qui fomentent les blocages. Sans oublier les journalistes qui fomentent les articles, les enquêteurs qui fomentent des rapports, les partenaires politiques qui fomentent de ne pas inscrire Laroussi sur la liste des Régionales 2010, les collègues qui fomentent la délation et les rats qui fomentent de quitter le navire.

Voilà, c’est dit. Maintenant, chacun va pouvoir reprendre le travail dans la sérénité après un semestre chaotique. Main dans la main, mes amis, nous sortirons de cette infernale spirale dans laquelle ces gens-là nous ont tous entraînés.

D’autant qu’à l’automne doit intervenir l’audit qui permettra à la Présidence, peut-être, d’accéder aux tant espérées "compétences élargies". Le point de non retour. L’instant qui marque le vrai début de l’Autonomie, à partir duquel les personnels seront enfin payés par l’université elle-même (pour l’instant, c’est encore l’État jacobin qui s’en charge). Tous salivent devant l’échéance, et ce n’est pas parce que l’USTV a régulièrement du mal à payer les heures de vacation de ses socioprofessionnels qu’il faut y voir un mauvais présage. La liberté a un prix !

Doit-on y voir un signe encourageant ? C’est encore l’IGAENR qui s’occupera de l’audit. Ces gens connaissent les lieux, s’ils reviennent c’est qu’ils s’y sont plu.

J’entends des petits rigolos dire qu’à défaut des compétences élargies, l’USTV dispose déjà des incompétences élargies. Ah ah, la bonne blague. Négligeons les quolibets, mes amis, et ensemble, regardons l’avenir avec sérénité, en serrant un peu les fesses quand même.

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[1] Quand l’administration présentait la loi aux personnels qui avaient bien voulu faire le déplacement en amphi 400, avec des têtes de gondole aussi attractives que « Une réforme au service des étudiants », « Une démocratie universitaire renforcée », « Une meilleure prise en compte des intérêts des établissements », « Le renforcement du partenariat État université », « Une plus grande transparence » etc.

[2] Quand il signait une motion "Contre la LRU" avec les élus de gauche du Conseil Régional PACA.

[3] Quand les trois conseils de l’USTV réunis en congrès votaient une motion "Contre les méfaits de la LRU".

[4] Inspection Générale de l’Administration de l’Education Nationale et de la Recherche.

[5] Président et Vice-Président socialistes du Conseil Régional PACA.

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