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Le technopôle de la Mer sera construit en plein champ

La cohérence territoriale pour les nuls (4/4)
dimanche 18 septembre 2011
par Gilles Suchey

Tout un symbole : le coordonnateur du SCOT toulonnais administre une petite ville qui se trouve au cœur du plus gros projet de bétonnage de toute l’agglomération. Il faut dire qu’on ne renie pas facilement une vocation : avant d’être promu grand architecte du développement durable et équilibré de la zone, Robert Beneventi a consacré sa vie professionnelle à la vente de matériaux de construction.
Au programme, le "technopôle de la Mer".
[Initialement publié en 2010, mis à jour en septembre 2011]

VALABLE dix ans, le SCOT prévoit environ 1000 hectares d’ « extensions prioritaires » sur l’ensemble des 31 communes impliquées dans le schéma territorial, 1000 hectares de zones naturelles et agricoles à « artificialiser » pour accueillir de nouvelles activités économiques ou construire des habitations.
L’agglomération toulonnaise s’approprie la moitié de cette surface selon une répartition inscrite au Document d’Orientations Générales. Villes principalement concernées : Hyères et Ollioules, sur 160 hectares pour la première et près de 100 pour la seconde [1]. Précisons que si Hyères reste la plus étalée des communes varoises avec 132 km² de territoire, Ollioules doit se contenter d’un petit 20 km² [2].

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Robert Beneventi surpris en son jardin secret

Ollioules donc, 96 hectares bétonnés dont 61 autour de la "Cagnarde" (officiellement : avenue Jean Monnet), cette route encore vaguement champêtre qui doit accueillir le technopôle de la Mer : 36 hectares destinés au business et 25 autres aux logements.

« Le Technopôle de la Mer est la réponse concrète de la Communauté d’Agglomération Toulon Provence Méditerranée aux attentes des entreprises de haute technologie et innovantes pour leur développement ou leur nouvelle implantation au bord de la Méditerranée » [3].

Une vieille lubie. Il fut un jour question de Marépolis à la Seyne-sur-Mer, voici venue l’heure de Quiez-Ollioulis. Oui : Quiez-Ollioulis, ne riez pas, c’est le nom qui apparaît dans les ébauches du nouveau Plan Local d’Urbanisme d’Ollioules. Un petit air de Sophia-Antipolis qui donne une idée de l’ambition. Vous les voyez, tous ces cadres dynamiques et cette taxe professionnelle débarquant du TGV par paquets de douze ? Plus raisonnablement, il serait question de délocaliser une part des activités de DCN depuis les sites toulonnais. Vases communicants qui ne créeront pas d’emploi ni ne nécessiteront de logements supplémentaires, une bonne action qui permettra toutefois à Toulon de récupérer un peu de son littoral : merci Ollioules, merci Robert.

« À 10 minutes du coeur de Toulon, autour d’un futur quartier d’affaires situé à la gare multimodale, trois espaces d’une capacité totale à terme de 300.000 m2 accueillent votre entreprise technopolitaine. Ces espaces multifonctionnels, R&D, de haute valeur technologique et environnementale sont commercialisables pour partie dès 2010 » [1].

Le calendrier n’est pas très clair. Les grues et bulldozers sont parfois annoncés pour 2010 avec les premières activités en 2013, mais il existe aussi de vieux documents qui anticipent le début des travaux à 2009 et les premières implantations en 2010, une fois que le Plan Local d’Urbanisme (PLU) d’Ollioules aura été approuvé en 2008. Ah ah : en mars 2010, ce PLU est encore loin d’être acté.

Or le Plan d’Occupation des Sols (POS) vieux du début du millénaire reste en vigueur jusqu’à ce que le PLU le remplace [4], et celui d’Ollioules indique que le site du futur technopôle est inscrit en zone naturelle. Pas franchement constructible, donc.

Des zones classées agricoles et un PLU en retard ? Qu’à cela ne tienne : Beneventi se contentera d’une « révision partielle » du POS pour laisser le champ libre aux bulls le plus rapidement possible. Coordonnateur du SCOT, il choisit de réviser un document obsolète plutôt que d’attendre la définition d’un plan conforme au SCOT... Bon esprit.

Le fait que la plupart des terres concernées par le projet soient aujourd’hui inexploitées pourrait-il être un argument ? Sur le Plan d’Aménagement et de Développement Durable du SCOT (PADD), on peut lire ceci : « le SCOT définit et préserve les espaces agricoles afin notamment de garantir sur le long terme la viabilité économique de l’activité agricole. Il s’agit d’afficher une vocation agricole à ces espaces sur le long terme, qu’ils soient cultivés ou non, et de ne pas entamer le potentiel de reconquête agricole  » [5]. Rappelons qu’à défaut de les avoir écrites lui même, le maire d’Ollioules a supervisé la rédaction de ces lignes.

D’autre part, il faut quand même souligner l’étrangeté du projet. Les rivages toulonnais ne manquent pas de terrains en friche, d’anciens arsenaux à réhabiliter et de zones militaires en voie d’abandon mais non : les spécialistes ont choisi d’implanter le centre névralgique du Grand projet Rade dans une ville éloignée de la mer, tandis qu’ils plantaient du gazon sur le site des anciens chantiers navals de la Seyne.

Du coup, pour relier l’activité marine à Quiez-Ollioulis, foire aux santons et haute technologie, il faudra tracer un ensemble de nouveaux axes routiers que les mêmes spécialistes ont sobrement nommé "Méridienne de la Mer". La quatre voies envisagée rogne sur l’exploitation des Olivades, matrice de toutes les amaps françaises, déjà coincée entre un garage Wolkswagen et un hypermarché Carrefour, soit un anachronisme, une immonde verrue verte plantée au milieu d’une belle harmonie de gris. Beneventi déteste les Olivades car les professionnels du BTP détestent d’une manière générale tous les empêcheurs de bétonner en rond. Aux dernières nouvelles, devant l’indignation suscitée par le projet de voirie, il semblerait tout de même que les urbanistes se ravisent : le tracé de la méridienne contournera peut être les Olivades. « Le trait, il faut le faire pour montrer l’esprit », a dit sans rire le directeur général des services de TPM [6].

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En rouge : le futur technopôle
(gros pavé clair au milieu : l’ancien marché floral)
En vert : les Olivades

Toujours dans le PADD, on lit que « le foncier potentiellement disponible pour accueillir l’urbanisation est une ressource stratégique à ne pas "gaspiller" » Il faut « privilégier le renouvellement urbain comme mode de développement » avec, entre autres, « le changement de destination de certains bâtiments » [7]. Ce qui n’empêchera pas les artisans du technopôle mer d’abattre le marché floral [8], gigantesque bâtiment financé par des fonds publics et qui pourrait fort bien s’accommoder d’un toilettage ...à condition qu’on le rende à sa vocation d’origine (voir reportage photo ci-dessous).

[Mise à jour, septembre 2011 : Pendant la trêve estivale, juste après le 15 Août, dans le plus grand secret, le marché floral d’Ollioules a été complètement détruit. 2 hectares d’un bâtiment somptueux, temple de l’horticulture varoise, financé pour partie avec l’argent des contribuables français et européens, aujourd’hui transformé en un tas de gravats et sable.

Dans le même temps, le Maire d’Ollioules lance un appel d’offre pour construire une halle sur sa Commune qui doit coûter plusieurs centaines de milliers d’euros en déclarant qu’il est un fervent défenseur de l’agriculture. Détruire un marché couvert parfaitement utilisable pour construire une halle un peu plus loin, vous voyez la logique ? En ces temps de "rigueur budgétaire", de "rationalisation du bien public" et d’économies à tout crin, ce n’est pas sûr. Mais Beneventi s’en fout : quand le béton va, tout va.]

Conclusion : bien que le SCOT toulonnais ne soit pas très virulent en matière de prescriptions — c’est le moins qu’on puisse dire, l’artificier de la cohérence territoriale se débrouille pour outrager le modeste document dont il a supervisé la rédaction. Sous les applaudissements des élus de l’agglomération TPM dont le président, rappelons-le, fut un jour "Secrétaire d’État à l’aménagement du territoire".


Annexe : reportage photo sur le site de l’ancien marché floral méditerranéen ; 2002 (les 4 premiers clichés ci-dessous) et 2010. Merci aux dangereux erroristes qui se sont illégalement introduits sur le site.

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La cohérence territoriale pour les nuls

Chapitre un : comprendre mon SCOT

Chapitre deux : SCOT toulonnais : le diagnostic officiel

Chapitre trois : un SCOT pour rien

Chapitre quatre : le technopôle de la Mer sera construit en plein champ

[1] DOG, p.26. La Cagnarde : 61 hectares ; Castellane : 8 hectares ; la Panagia : 11 hectares ; Piédardant : 16 hectares.

[2] À Hyères : 415 habitants / km² ; à Ollioules : 674 habitants par km².

[3] Sur la plaquette commerciale du technopôle.

[4] Depuis 2003 et la loi SRU, les POS ont fait place aux Plans Locaux d’Urbanisme (PLU).

[5] PADD, p.10.

[6] Var matin, 9 mars 2010.

[7] PADD, p.14.

[8] Annoncé dans le bulletin municipal Toulon Méditerranée Magazine, automne 09.

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