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Aménagement urbain : place à la politique du vide (2/2)

dimanche 28 novembre 2010
par Saint-Just

L’ "âme provençale" en panache brandi bien haut. C’est sous cette bannière faussement rassurante et vide de sens que s’écroulent les projets de rénovation urbaine de la ville de Toulon.

EXPERT en pots de fleurs, spécialiste du dos d’âne et de l’arbre éclairé par la racine, orfèvre des ravalements de façades, champion du street painting sur trottoir à fin de développement du réseau cyclable, le maire de Toulon est également un bel artificier en projets fumeux.

La Bourse sans la vie

Le plus symptomatique concerne l’ancienne bourse du travail. Elle abrita jusqu’en 1927 le palais de Justice et la prison avant d’héberger les syndicats. Que la municipalité Front national délogea il y a une quinzaine d’années en vue d’une réhabilitation du bâtiment ...qui tarde à venir. Des parpaings barrent l’accès à d’éventuels squatteurs et on attend toujours de lui trouver une nouvelle destination. Pour reprendre un vocabulaire cher à Hubert Falco, la Bourse du Travail, c’est l’arlésienne du centre-ville. Pourtant, les projets n’ont pas manqué. L’opposition proposait la grande médiathèque dont Toulon est encore dépourvue, ou une auberge de jeunesse, dont Toulon est aussi dépourvue.

la Bourse du Travail aujourd'hui

derrière la bourse du travail

La mairie, elle, pense à autre chose. À plein de choses. Ca fourmille, là dedans. Un jour on décide que ce sera un centre pour les étudiants. Un centre ? Oui un centre. Tu vois un truc avec des choses là et là, mais pas culturel parce que ça c’est pour les Halles (voir plus bas). Mais nous n’en saurons pas plus car à la fin de l’année 2008, Hubert Falco a changé d’avis. Il croit dur comme fer à l’ouverture d’une franchise Sciences-Po à Toulon. L’histoire dit qu’il a taillé une bavette dans le TGV avec Olivier Duhamel et que celui-ci, bon VRP de la prestigieuse école, lui a fait miroiter l’installation d’un troisième cycle en études africaines et chinoises. À l’époque, Hubert est un fringant secrétaire d’État à l’Aménagement du Territoire et tout semble possible.

Depuis, cette antenne s’est posée à Menton pour un coût de 12 millions d’euros à la charge de la Ville. Bizarrement, Hubert ne la ramène plus et pour l’ancienne Bourse du Travail toulonnaise, on parle désormais d’un Monoprix après concession du bâtiment à une holding. Ca va plaire aux étudiants (quand ils seront là).

Le serpent de mer ressurgit dans un projet un peu plus vaste concernant tout l’îlot Baudin, ce pâté vieillot, insalubre, lugubre, encadré par les rues Baudin, Félix-Pyat, Alézard et d’Astour. La maîtrise — sic — de la rénovation est portée par TPM et l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine [1].

Quelques photos pour apprécier l’ampleur de la tâche :

bas de la rue Baudin

rue Alezard

rue Félix-Pyat

impasse Baudin

Dans le projet de rénovation du centre ancien le paragraphe "Baudin" s’inscrit à hauteur de 20 millions d’euros, pour un coût total de 168 millions d’argent public et 100 (hypothétiques) millions d’investissements privés. D’après Robert Alfonsi, vice-président du Conseil régional PACA et aussi conseiller municipal, la Région avait engagé 7 millions d’euros pour la réhabilitation du centre ancien ...mais n’en a dépensé que 200.000 à cause du retard pris par l’agglomération TPM. De son côté, la ville de Toulon assure que les premiers travaux débuteront en 2011 pour l’îlot Baudin. Sauf que justement, la convention signée avec l’ANRU en 2006 prévoyait la fin des travaux pour cette même date. Le rapport d’étape remis à l’ANRU pointe des dysfonctionnements, tant dans le dossier initial que l’agence avait pourtant avalisé [2] que dans la volonté de TPM de mener à bien l’opération.

Si un jour elle se mettait en route, elle ferait apparaître selon la propagande officielle :

- des places publiques sur lesquelles se dresseraient des arbres ;
- des logements dont 120 étudiants, 30 sociaux, 20 libres, soient 170 hébergements pour déjà reloger les 70 familles vivant actuellement dans l’îlot et aussi accueillir les 1500 à 2000 nouveaux étudiants de la dalle des Ferrailleurs, en plus des 2600 étudiants déjà inscrits en Droit [3]. Ce que la propagande oublie de rappeler, c’est que les logements étudiants devaient initialement s’élever à plus de 200. Mais ils ne font pas l’objet d’un financement par l’ANRU, c’est à TPM ou à Toulon de les prendre en charge. On a donc tout simplement divisé le nombre par 2. Plus largement, il se pourrait que des habitations soient cédées à des bailleurs privés qui n’hésiteront pas à faire payer le prix fort à la population locale ainsi qu’aux possibles étudiants ;
- des commerces et des services. Parmi ces services, un seul est spécifié. Il s’agit d’une micro-crèche. Il en existe déjà une à l’Escaillon qui garde 9 enfants en continu, 24h/24. Petit rappel : Toulon compte 6000 enfants de moins de trois ans, d’après la mairie. Les structures municipales ont une capacité d’accueil de 670 places. Avec les crèches de la Caisse d’allocations familiales, celles de l’Armée et les crèches associatives, ce sont, sauf erreur, 4000 enfants qui sont pris en charge [4]. Il y aurait dans le centre ancien, en tout, si la rénovation arrivait à terme, deux micro-crèches, soit une capacité d’accueil de 18 pour les enfants en très bas âge. Nous sommes loin de la crèche de 50 enfants inscrite dans le projet ANRU 2006. De même, il n’est plus question d’un centre social de santé ouvert aux personnes en difficulté ; peut-être M. Falco estime-t-il que les médecins qui ont récemment déménagé pour profiter de l’effet d’aubaine de la zone franche en centre-ville pourront accueillir sans rechigner les patients bénéficiaires de la CMU [5].

La livraison du nouvel îlot Baudin est pour le moment programmée pour 2013 et les travaux n’ont pas commencé, pas même sur les espaces dont la mairie a la maîtrise foncière [6]. Mais d’ici 2013, quelques appartements auront encore pris feu, des murs se seront écroulés, les bébés d’aujourd’hui seront scolarisés en maternelle, l’Université de Toulon aura disparu et plus personne ne s’arrêtera à Toulon puisque tout le monde prendra le tunnel. On plaisante... Ce qui est sûr, c’est que ce retard compromet le financement des opérations. « À partir de 2011, (...) l’ANRU est en lévitation financière » [7].

La culture de la ratatouille

Autre projet fumeux : la réhabilitation des Halles municipales. En juin 2009, les habitués du Score Bar s’étaient frottés les yeux à plusieurs reprises. La mairie se hâtait-elle de rénover ce lieu fantôme ? Ces pauvres murs se lamentaient depuis sept ans. En guise de rénovation, ce ne fut qu’une opération de déblaiement. Depuis 2002 donc, vous pouvez vous amuser à crier fort à travers les grilles d’entrée, personne ne vous répondra. La promptitude de la municipalité à détruire est à l’opposé de sa capacité à créer.

entrée des anciennes Halles municipales

derrière les Halles, vers la rue Alézard

Officiellement, la mairie toulonnaise parle d’un centre étudiant intégré au pôle universitaire. Officiellement oui, parce que dans le cerveau désormais libéré de toutes contraintes ministérielles de notre Tartarin toulonnais, ça remue méninge sévère. De ses sommeils polyphasiques ressort un rêve lancinant : installer dans ces Halles la FNAC ! Après le Monop’ à la Bourse, Hubert souhaite voir une grande enseigne dont tout le monde applaudit la merveilleuse politique de développement culturel et de soutien aux disquaires et libraires indépendants.

Intérieur des Halles municipales

L’agglo, de son côté, continue de bosser sur le dossier. Elle dit vouloir offrir à ses habitants un lieu d’expression artistique [8]. Si l’on en croit un responsable culture à TPM cité par Var Matin [9], les Halles municipales accueilleraient : dans un coin des expositions multimédia, de la documentation pour sortir, une billetterie pour aller aux spectacles - ces services sont déjà présents à la Maison de l’Étudiant -, dans un autre une médiathèque, une scène pour de petits concerts, des représentations théâtrales, des studios de répétitions, un café, et on en passe et des meilleurs. Bref, comme on ne sait pas quoi faire alors autant faire un tapas culturel insipide, dans lequel il manque tout de même deux ou trois chambres étudiantes, un coiffeur designer capillaire et un fast-food végétarien qui vendrait quand même de la viande pour rassembler le plus de monde. Ce même responsable annonce l’ouverture pour une date ni trop proche ni trop lointaine : la fin de l’année 2013, certainement pour être raccord avec l’ouverture du deuxième tube de la traversée souterraine. A moins que cela ne tombe juste avant les élections municipales de 2014...

Le Conseil Général aura sans doute aucun son mot à dire en tant que grand argentier de la culture dans le Var.

Bref, les bonimenteurs institutionnels s’entendent sur « un lieu de vie adapté aux étudiants principalement mais ouvert aussi à tous, aux habitants du quartier », « bouillonnant mais apaisant » [9]... Comme le bouillon d’onze heures ?

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Article modifié le 30 novembre 2010.

[1] Pour plus de renseignements, voir l’agence Espacité en charge du rapport d’étape.

[2] Une des explications serait que les crédits furent attribués aux premiers dossiers montés.

[3] Toulon Magazine, automne 2009.

[4] Toulon Magazine, automne 2010.

[5] 68% des personnes du centre ancien vivent en dessous du seuil de pauvreté ; 50% vit même avec moins de 750 euros par mois.

[6] La mairie et l’agglomération détiennent 97% du foncier. Sur l’ensemble du centre ancien, on compte 86 ménages relogés contre 176 qui ne le sont pas. Les études nationales montrent que ce sont les ménages les mieux insérés socialement qui retrouvent un logement plus confortable. Mais les projets labellisés ANRU n’ambitionnent-ils pas de disperser les pauvres et d’opérer une gentrification des quartiers populaires ? cf. Manuel Domergue, « Bilan mitigé pour la rénovation urbaine », dans Alternatives Economiques, n°296, novembre 2010.

[7] Alternatives Economiques, n°296, novembre 2010

[8] lors de la signature de la convention ANRU en 2006, il était question d’une Maison de la culture et du tourisme, rue Chevalier-Paul, mais l’idée est, semble-t-il, abandonnée.

[9] Var Matin, 8 juin 2010

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