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Pollution à Toulon : Les particules excédentaires

mercredi 15 octobre 2003
par Saint-Just

Le serpent de mer de la traversée souterraine de Toulon a depuis peu sorti la tête hors de l’eau, et l’idée d’un deuxième tube reprend de plus belle... Comment fluidifier la circulation routière et l’air de la capitale varoise ?

Elargissez, élargissez, c’est la loi et les prophètes... QUELQUES automobilistes et actionnaires de groupes d’équipementiers routiers poussent la DDE (Direction Départementale de l’Equipement) et la municipalité à élargir les voies d’accès à Toulon, en passant d’une 2X2 à une 2X3 voies. Le but serait d’éviter les bouchons aux entrées et sorties de la ville. Problème : aucune 2X3 voies ne traverse Toulon, l’effet-entonnoir jouera donc à plein. L’élargissement des autoroutes n’a jamais effacé les embouteillages.

Car la fluidité de la circulation est avant tout contrariée par les entrées et les sorties d’autoroute. Si l’on prend l’exemple de l’arrivée sur Marseille en venant de Toulon, on note que les ralentissements (1ère-2ème, 1ère-2ème...) commencent bien avant le péage de Prado-carrénage, avec l’entrée du centre commercial de la Valentine ou la sortie de La Pomme. A l’entrée est de Toulon, les bouchons des heures de pointe sont du même genre : retenues à Grand Var, La Valette et Saint-Jean-du-Var. Le seul gain concerne la fluidité du trafic dans le tunnel et sur le boulevard de Strasbourg. Du côté de la sortie ouest, ceux qui s’échappent du tube vers le Pont des Gaux jouent à la roulette russe du rabattement dès que le trafic devient plus dense.

Contournez les problèmes. La traversée souterraine de Toulon n’est pas la seule solution envisagée pour désengorger la préfecture du Var. On a aussi pensé à contourner Toulon. Pourquoi pas ? Les camions passent aujourd’hui, pour la plus grande sécurité de tous, devant des écoles maternelles (avenue des Dardanelles notamment), mais les déplacer n’annulera ni les dangers liés à la conduite au volant, ni la pollution. Et puis, les riverains apprécieront : un bon 38 tonnes toutes les minutes devant son jardin ou son balcon, comme c’est déjà le cas à Benoît Malon, ça fait de la distraction. Certes, l’intérêt collectif passe avant l’intérêt individuel, mais quel intérêt collectif servent exactement les camions et la pollution atmosphérique ? Le président du Conseil National de l’air, M. Bernard, a estimé récemment que la pollution tuera cette année plus que la route. Et toujours selon ce même monsieur, "même en dessous des seuils administratifs, il y a déjà des risques de mortalité" [1].

Ce problème de pollution se pose d’ailleurs, encore et toujours, pour le centre-ville. En effet, si le tunnel a dans un premier temps vidé les artères dans le sens Nice-Marseille, l’augmentation continue du trafic annulera d’ici 5 ans les bénéfices obtenus. Aujourd’hui, la traversée souterraine n’absorbe que 20 à 30 % du trafic de surface de l’agglomération [2], et provoque un effet inattendu : celui de la détérioration du temps de trajet moyen sur le réseau Mistral (ex-RMTT). Des transports publics moins performants, c’est autant d’automobiles en plus.

Tracé Connu mais Sans Priorité. En attendant, il reste peut-être le TCSP (Transport collectif en site propre), communément appelé tramway. La solution idéale pour de nombreuses personnes, comme les étudiants seynois par exemple, qui traversent Toulon et se rendent au campus de La Garde. Pour ceux qui bossent dans des villes un peu plus éloignées, on peut aisément imaginer des trains express d’agglomération en plus des TER (Trains Express Régionaux), les infrastructures sont présentes ou prévues de longue date. Ce système de déplacement sur rail présente le triple avantage d’échapper aux bouchons (à la différence des bus sur les portions d’autoroute), de causer moins d’accidents graves, et de moins polluer.

Une telle évolution demande une véritable volonté politique. Doux rêve quand on sait que l’Etat a choisi de se désengager du financement des transports publics, au moment même où il justifiait la hausse des taxes sur la gazoline par la nécessité d’investir dans le ferroutage. Le budget 2004 du ministère des transports, présenté jeudi 25 septembre 2003, supprime les subventions pour les Transports Collectifs en Site Propre. De plus, le gouvernement ferme le robinet des aides aux Plans de Déplacement Urbain (PDU), créés par la loi sur l’air de 1996 et obligatoires pour les agglomérations de plus de 100.000 habitants. Les subventions aux PDU incluaient, notamment, le financement à hauteur de 35 % des réseaux cyclables. Autant dire qu’à Toulon, on n’est pas près de voir poser le premier rail de tramway ni de voir la construction de véritables pistes cyclables (tout au plus d’autres bandes vertes).

Certains élus de TPM sont déjà soulagés. Ils auront de quoi justifier l’entêtement de M. Falco à subordonner la mise en place du TCSP à l’ouverture du second tube. Ils auront également de quoi donner raison aux promoteurs immobiliers qui visent les terrains agricoles d’Ollioules et de La Seyne [3]. Pas de casse-tête non plus quant à leur soutien au gouvernement Raffarin : « c’est la faute aux 35 heures ! »

Nous mènerait-on en bateau ? Si l’option du tram est séduisante, elle connaîtra tout autant que le tunnel automobile les effets du vieillissement. Le TCSP fera reculer un temps la voiture avant de voir celle-ci grignoter à nouveau du terrain, comme c’est par exemple le cas à Nantes. Ténacité automobile déroutante, n’est-ce pas ? Devra-t-on s’en remettre à une révolution morale et politique pour maîtriser nos déplacements et revoir notre façon de considérer la ville ? Peut-être. En tout cas, Jean-Marc Ayrault, président social-traître-marxiste-léniniste de la Communauté urbaine de Nantes, concède que si les élus locaux n’appuient pas leurs transports collectifs, ils seront obligés de se reporter « un jour ou l’autre, sur le choix de solutions extrêmes, que nous ne voulons pas, comme l’instauration, à Londres, d’un péage urbain ». L’option du tramway connaît un second désavantage, plus immédiat : celui de ne pas résoudre le problème des camions. Le gouvernement Raffarin légitime sa taxe sur le gazole pour investir dans le ferroutage (il lutte contre l’émission de gaz à effet de serre) sans pour autant taxer les routiers (il encourage l’émission de gaz à effet de serre). Et puis, l’aménagement du territoire par une droite libérale, ça fait un peu antithétique [4]. On a donc le temps de voir nos poumons noircir.

Outre le chemin de fer, certains ont pensé qu’une partie du trafic des transporteurs routiers pourrait être prise en charge par le cabotage. L’agglomération toulonnaise est concernée au premier plan puisque, selon une source patronale invérifiable [5], La Seyne deviendrait une plate-forme multimodale où l’on chargerait des camions pour le Sud de l’Italie. La question reste de savoir si cela pourrait être efficace. Le doute est permis puisque les camions qui viennent de Galicie ou du Brabant en direction de la Vénétie passent le plus souvent par le centre Var. Ceux qui traversent Toulon alimentent en gros TPM, même si cela ne les empêche pas de rallonger à discrétion leurs feuilles de route. Une plate-forme de cabotage conduirait donc un flux supplémentaire de routiers vers la région toulonnaise, et un beau nuage brun continuerait de flotter sur la « plus belle rade d’Europe ». Ce projet aurait tout de même l’avantage de créer des emplois autres que touristiques dans un bassin industriel sinistré.

Ces histoires de pollution sont vraiment un cauchemar.

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[1] Le Monde, 21 septembre 2003.

[2] Var Matin, 19 septembre 2003.

[3] Voir le combat des Olivades, par exemple.

[4] NDLR : ce n’est pas tout à fait vrai car jadis, Pasqua entreprit la construction de très beaux et multiples ronds-points.

[5] Métropole n°66, septembre-octobre 2003.

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