Cuverville
Editos
Article mis en ligne le le 8 /02 /2012
2012 au fond du trou
par Saint-Just

Des notables toulonnais ont un problème avec celui de leurs orifices que Serge Gainsbourg qualifiait de moins lisse. Dans une ville connue pour ses gars de la marine, ses joueurs de rugby et ses bandits, on peut s’interroger : pourquoi ? Disons que tous n’ont pas l’esprit très, heu, ouvert.

Le supporter toulonnais, le supporter en général aime succomber à la martyrologie. La moindre erreur sifflée par l’arbitre, surtout quand son équipe favorite est en difficulté, et c’est la bronca qui descend des travées aux cris d’«  arbitre enculé ! ». À quoi condamne-t-on le corps arbitral ! Pas de quoi couper le sifflet à l’homme en noir, juste sentir un léger dégoût envers une foule suiveuse dont la peur du proctologue aiguise l’animosité envers ses propres intestins.

Le président du RCT évoque, lui, la « sodomie arbitrale ». Une caméra qui le télévise et Mourad Boudjellal ouvre la bouche. Là, pour le coup, ça sent pas bon. Ce n’est pas le choc des civilisations cher à monsieur Guéant, mais celui des sexualités sportives. Trente joueurs s’affrontent de façon virile mais correcte et pour lubrifier le jeu on doit tolérer quelques arbitres, ces enculés qui parfois aussi, enculent (si on a bien compris).

Après ses insultes, Boudjellal propose de calmer le jeu en payant aux arbitres une année de formation professionnelle. Il aime la provocation, puise son inspiration dans Hara-Kiri et se proclame « révolutionnaire ». Le rouge et le noir que portent ses joueurs lui sont-ils montés à la tête ? Ses insultes ne portent en rien l’esprit de révolte. Où est la révolution ? Pas dans ses propos, certainement pas dans le prix des abonnements ni les loges ajoutées pour les "partenaires". Pas davantage dans la rénovation du stade assumée par le contribuable — avec la bénédiction du maire.

En devenant révolutionnaire, Boudjellal a embauché un des plus éminents ex-ministres de Sarkozy pour assurer l’entraînement de ses joueurs, Bernard Laporte, dont certains comportements sont pointés du doigt par une presse qu’on qualifiera donc de contre-révolutionnaire [1]. Mais ne confondons pas tout, le sport et la politique n’ont rien à voir. D’ailleurs, el presidente du RCT a soutenu un candidat du Modem aux dernières cantonales contre le poulain de Falco. Ah ça ira, ça ira !

La « sodomie arbitrale » soudera-t-elle les supporters de Mayol derrière leur président, tous derrière, tous derrière ? Daniel Herrero qui se dit volontiers libertaire déclare à ce sujet ne pas être « sensible à la rébellion quand elle est vulgaire et amorale ».

ici, Boudjellal n’est pas le seul révolutionnaire du trou de balle. Le député du Var Philippe Vitel s’est récemment dressé, droit dans son slip, contre le mariage homosexuel [2]. Ce genre de croisades rapproche les hommes, les vrais, les tatoués.

Et c’est pour cela qu’à Cuverville, nous nous prononçons en faveur de l’union de Philippe Vitel et de Mourad Boudjellal, pour le pire et pour le pire, pour la révolution, contre l’uranisme. Ce serait un beau mariage, auquel pourrait assister l’ancien international Serge Simon comme il l’avait fait pour la cérémonie de Bègles... avant de recevoir un foultitude de lettres d’insultes [3]. L’amour du beau jeu est partout. L’homophobie aussi.



Dessin : Lindingre. Logo : Dieux du Stade.


[1] Voir les articles de Backchich ici et .

[2] Voir ce qu’en pense Têtu, magazine dans lequel a d’ailleurs posé Alexis Palisson, actuel ailier du RCT.

[3] Serge Simon avait publiquement soutenu le mariage gay célébré par Noël Mamère et avait reçu des lettres d’insultes qu’il a depuis publiées.