Toulon  Var agglomération Qualité France Média Economie Culture Justice et injustices Cuverville sans frontière Cuverweb pratique
Maison fondée à Toulon en 1995

LETTRE D'INFORMATION | CONTACT

La médiocrité au service des Varois

jeudi 18 mars 2010
par Olivier Vermert

Sur la côte toulonnaise le pouvoir rend modeste. Modeste dans l’ambition, les idées, l’action. Mais attention : on peut conjuguer dérisoire et autosatisfaction, médiocrité et arrogance, confondre électoralisme et service rendu au plus grand nombre. C’est une espèce de fatalité toulonnaise à laquelle peu d’élus échappent.

À la base du problème un hiatus : pour être proche du peuple il suffirait de prendre les gens pour des cons. Si popularité rime avec médiocrité, c’est une plaisanterie de mauvais goût.

QUAND Hubert Falco doit s’exprimer sur des thèmes qui l’indisposent, des dossiers en retard, des dossiers oubliés, il a une phrase, toujours la même : « Vous savez, c’est pas facile ».

Comme si le fatalisme était une option politique. Falco a ce côté pleurnichard, la syntaxe lacrymale censée apitoyer le public et faire chavirer les cœurs. Il faut savourer sa pathétique prestation d’il y a quelques semaines quand il annonça à son fan-club qu’il ne conduirait pas la liste UMP aux régionales PACA.

Élu en 2001 à la mairie de Toulon, Falco représentait pour beaucoup l’espoir. Il mettait fin à la parenthèse élective du FN, incarnait une droite ayant rompu avec les antiques pratiques mafieuses de l’UDF local. Neuf ans plus tard, où en sommes-nous ?

Aucun projet structurant d’envergure correctement pensé. On bâcle la réflexion, on contourne le débat public, on évite soigneusement les expertises, les vraies, celles qui fâchent. Alors les conclusions sont retoquées et les projets retardés. Le temps toulonnais est un temps long. l’attente exaspère et malgré une situation géographique exceptionnelle, Toulon attire toujours aussi peu de gens susceptibles de la faire sortir de l’ornière. Développement économique : médiocre. Éventail des propositions culturelles : réduit. Logement social : d’une pauvreté dénoncée par la fondation Abbé Pierre. Vous savez, c’est pas facile.

On a repavé une place ou deux. On a planté des ampoules pour éclairer le ciel, la nuit. On a construit une salle de sport en zone d’urgence nucléaire. On a fait des trucs à droite, à gauche. Renouvelé l’éclairage de Noël, planté du gazon. On a même élaboré un schéma de cohérence territoriale avec les communes voisines, huit ans d’intenses réflexions qui ont abouti à un document non contraignant pour pouvoir continuer à approximer, peindre les trottoirs en vert et communiquer sur le "développement spectaculaire des pistes cyclables", mettre des dos d’âne ici, un giratoire avec olivier là.

Important ça, les dos d’âne et les giratoires pour dompter les bagnoles qui restent l’espèce dominante. Toulon reçoit des trophées négatifs : "ticket rouge" décerné en 2008 par la Fédération Nationale des Associations des Usagers des Transports, et "clou rouillé" remis par la Fédération française des Usagers de la Bicyclette en 2009.

Les travaux relatifs à la traversée souterraine de la ville ont commencé en novembre 1991. Le premier tube (Est -> Ouest) a été achevé plus tard que prévu à cause d’un effondrement. Trois kilomètres, onze ans. À titre de comparaison, six ans ont suffi pour creuser et installer les 50km de tunnel sous la Manche.
Le percement du second tube (Ouest -> Est) a débuté en 2005. Ce chantier a pris lui aussi du retard pour sa propension à fragiliser les immeubles qui se trouvent à la verticale.
Projet de merde qui n’engage certes pas la responsabilité de Hubert Falco, mais la médiocrité de ses prédécesseurs et des experts qui l’ont vendu aux Toulonnais.

Falco a quand même retiré sa pierre d’un édifice déjà passablement bancal : il a toujours conditionné l’installation du Transport en Commun en Site propre à l’achèvement complet du tunnel... Trente ans après les premières études relatives au retour du tramway, les toulonnais ignorent toujours quelle forme prendra leur TCSP. Rails ou pneus ? Le Chevallier [1] avait dit : rails. Falco a lui aussi dit rails, jusqu’au jour où il a dit pneus, jusqu’au jour où il n’a plus rien dit.

Falco ministre a obtenu en 2006 le label Zone franche pour le centre ville, une exception toulonnaise. Bilan : médiocre, puisque la mairie n’avait pas anticipé la spéculation en se dotant trop tardivement de maigres outils de contrôle. Quatre ans plus tard, la plupart des ruelles restent à l’abandon. Vous savez, c’est pas facile.

Comme on ne peut décidément compter que sur soi-même, Toulon s’achète en 2009 deux satisfécits. Un "pavillon orange" pour l’excellent comportement de la municipalité face aux risques majeurs, et une "Marianne d’Or du Développement durable". La Marianne d’Or « est l’outil puissant bien utile aujourd’hui, indispensable demain, pour communiquer de façon positive sur le pouvoir local » annonce benoîtement l’instigateur du prix. Gage de qualité : en 1985, le parrain du Var auto-proclamé Maurice Arreckx avait déjà été décoré.

Les halles attendent leur requalification (combien de projets avortés depuis le FN ?). L’ancienne bourse du travail attend sa requalification (combien d’idées brillantes et néanmoins contradictoires depuis le FN ?). La dalle des ferrailleurs attend sa qualification... Hubert Falco, quant à lui, attend le remaniement ministériel d’après Régionales. Dernier retour au bercail, il y a peu de chance que Sarkozy tende une nouvelle passerelle gouvernementale à celui que Le Point a classé bon dernier du "palmarès 2009 de l’équipe gouvernementale".
Vous savez, c’est pas facile.

Imprimer Imprimer
P.S.

Dossier : la médiocrité varoise par l’exemple ; plein d’articles à savourer dans la colonne de droite.

[1] Municipalité Front national, 1995-2001.

Répondre à cet article

  • La médiocrité au service des Varois 20 mars 2010, par jalous sky (1 r?ponse)
  • La médiocrité au service des Varois 20 mars 2010 (4 r?ponses)
<span style='text-transform: uppercase;'>La médiocrité au service des Varois</span>
Dans le m?me dossier
Dexia : le cas de l’agglomération toulonnaise
(23/09/2011) (5 messages)
Le technopôle de la Mer sera construit en plein champ
(18/09/2011) (4 messages)
Journal de la traversée de Toulon, 1990-2010
(25/01/2011) (3 messages)
Journal de la traversée de Toulon, 1970-1990
(14/01/2011) (2 messages)
Aménagement urbain : place à la politique du vide (2/2)
(28/11/2010) (1 message)
Aménagement urbain : place à la politique du vide (1/2)
(14/11/2010) (2 messages)
TCSP toulonnais : bus ou tramway, M. Chenevard nous mène en bateau
(09/11/2010) (9 messages)
La médiocrité au service des Varois
(18/03/2010) (5 messages)
Un SCOT pour rien
(07/03/2010) (1 message)
SCOT Toulonnais : le diagnostic officiel
(04/03/2010) (1 message)
Comprendre mon SCOT
(28/02/2010) (3 messages)
La nouvelle loi sur les parcs nationaux à l’épreuve : l’exemple de Port-Cros
(21/10/2009) (4 messages)
Pour Falco, la France, c’est tradition et fausses excuses
(26/09/2009)
Risques majeurs : un pavillon orange pour anesthésier les consciences
(02/06/2009) (2 messages)
Hubert Falco, le spécialiste
(03/04/2008) (6 messages)
La Crau : les fleurs n’ont pas d’odeur
(04/03/2008) (2 messages)
Mort du tramway, retour du trolleybus, merci TPM !
(24/11/2006) (27 messages)
Philippe Vitel et la politique : grand méchoui avec concours de boules
(28/05/2004) (10 messages)
Les br?ves
De retour à Toulon, Hubert Falco prend le dossier de la petite enfance à bras le corps
(07/12/2010)
Programme culturel ou combat d’arrière Garde ?
(06/06/2010)
Régionales : l’UMP perd, Falco fanfaronne
(14/03/2010) (3 messages)
Vivement le travail dominical pour sauver les Mcdo de Toulon
(10/02/2010) (1 message)
C’est la saison des amours : Mariani, Falco et Couderc lèvent le Pied-noir
(08/02/2010)